Prédication prononcée le 29 mai 2011, au Temple de l'Étoile à Paris,

par le Pasteur Louis Pernot (pour les Confirmations)

Qui ne connaît le Psaume 23 : « l'Eternel est mon berger » ? Il s'y trouve de si belles images, dont une qui est particulièrement intéressante évoquant le bâton de l'Eternel : « Sa houlette et son bâton me rassurent».

Le mot traduit par « bâton » ne pose pas de gros problèmes, il vient d'un verbe qui veut dire « s'appuyer ». C'est donc d'un appui qu'il est question. Voilà déjà quelque chose que peut nous apporter Dieu dans notre vie : un appui. Et ce de deux manières. D'abord quand nous sommes en risque de chanceler, quand nous faiblissons, en Dieu, nous pouvons trouver une force, un réconfort. Et il est aussi un appui, parce qu'il est le point fixe de notre vie : dans notre existence, tout peut être perdu du jour au lendemain, la santé, la situation matérielle, ce que nous possédons, la présence de ceux que nous aimons. Rien n'est définitif, sauf la présence de Dieu, que nulle chose ne peut remettre en cause. Lui, il est le roc, la forteresse, l'absolu, l'inaltérable. Et en accrochant ma vie à cette présence d'amour indestructible, je fonde ma vie sur une base inébranlable. Le point fixe est aussi très utile dans bien des situations, comme pour le pilote d'avion qui a besoin d'avoir visuellement une référence, faute de quoi, il ne peut plus savoir dans quel sens il vole. Ainsi l'Evangile n'est-il pas à appliquer bêtement, mais il est comme un idéal, un repère, à partir duquel nous pouvons nous situer. Ce point fixe est aussi comme la table sur laquelle on pose la main pour écrire. Sans cet appui, notre écriture serait bien vilaine... Notre vie peut ainsi s'écrire avec souplesse grâce à ce pivot stable et fort qu'est l'Evangile. On pourrait encore penser à cette affirmation de Newton : « donnez moi un point d'appui, et je soulèverai le monde ». Et c'est vrai, avec un point d'appui, on peut faire levier et soulever n'importe quoi. Et avec ce point d'appui qu'est l'Evangile, nous pouvons transporter des montagnes.

La « houlette » est plus complexe, la plupart des jeunes ne savent déjà pas que cela désigne le haut bâton recourbé du berger, mais peu importe parce que le mot hébreu recouvre une grande quantité de bâtons différents et d'usages différents.

Certes, il peut déjà désigner le bâton du berger. Cela renvoie au début du psaume, et ce Dieu berger est plein d'attention, de tendresse, et de petits soins pour nous qui sommes ses brebis. Loin des grands troupeaux anonymes d'aujourd'hui, à l'époque, une famille pouvait avoir une ou deux brebis qui étaient toute sa richesse, et qui, habitant dans la maison faisaient presque partie de la famille. Le berger, c'est donc bien celui qui aime les brebis, et qui s'en occupe, connaissant chacune par leur nom. Et puis, comme dit le Christ, il sort devant et leur montre le chemin . Les brebis voient leur berger avec son haut bâton qui sert de repère, elles peuvent ainsi arriver dans des lieux pleins de richesses et de joies. L'Evangile est ainsi un objectif, un idéal, une parole sur laquelle nous pouvons garder les yeux comme une direction fondamentale à conserver précieusement. C'est cela la foi : une visée qui nous met en mouvement vers la vie, vers la paix, la joie et l'amour.

Mais ce bâton du berger peut aussi servir à guider les brebis d'une manière un peu plus vive, en touchant les brebis, en leur donnant des petits coups. Il y a ainsi dans l'Ecriture des mises en garde, des passages qui nous recadrent, nous remettent en cause, et nous forcent à repenser notre manière de vivre. Cela n'est pas toujours confortable, mais c'est vital pour que nous ne nous endormions pas dans une errance qui ne mènerait nulle part. Certainement aussi que la fréquentation d'une paroisse, d'un culte est aussi une manière de se frotter à une opinion qui n'est pas forcément la sienne, et ainsi de se laisser enrichir par cette contrariété fécondante.

Le berger peut aussi utiliser son bâton pour inciter une brebis qui n'avance pas à avancer. Là encore nous ne pouvons que nous reconnaître : la paresse spirituelle est une tentation dangereuse. Le problème de la vie spirituelle, c'est que moins on la nourrit, moins on a envie de la nourrir, et on risque de finir par ne plus y penser du tout. Le berger, par son bâton nous rappelle à l'ordre et nous dit : « allez, avance, ne t'endors pas ». La foi n'est pas de se reposer sur une montagne de certitudes, mais une dynamique, une recherche, une remise en cause, un questionnement. Sans cesse, il faut accepter de se laisser déranger par le Seigneur, par sa parole pour ne pas sombrer dans une sorte de mort spirituelle.

Ce bâton, ce peut être aussi un bâton de commandement, le sceptre du roi (le mot, dans la Bible est le même). Le bâton du Seigneur, c'est donc son sceptre nous rappelant sa dignité, sa royauté, sa grandeur et sa puissance. Bien sûr, Dieu est proche, il est notre père et nous le tutoyons, mais ce n'est pas un « copain » pour lui taper dans le dos. Dieu est notre maître, il est celui que nous voulons servir, au service duquel nous voulons être et à qui nous voulons obéir. Notre vie est à lui et à son service, c'est-à-dire au service de la paix, de la justice, de la grâce et de l'amour sur cette Terre. En retour, il est celui qui nous protège, qui prend soin de nous et de notre sécurité, nous garantissant, quand nous voulons vivre dans son règne, la paix et la prospérité.

Dans la Bible, le « bâton » est aussi évoqué pour désigner une arme, soit un simple gourdin comme celui avec lequel Moïse a tué l'Egyptien, soit un javelot comme ceux enfoncés dans le cœur d'Absalom (2Sam 18). L'image est plus audacieuse, peut-on penser que la présence de Dieu ne soit pas que pacifique, mais puisse être une arme offensive ? Oui, si l'on pense que les ennemis qui nous menacent ne sont pas des ennemis humains ou matériels, mais des situations, des pensées qui menacent notre équilibre, notre bonheur, notre paix, il s'agit d'ennemis intérieurs. Alors oui, la présence de Dieu dans notre vie peut être quelque chose qui mette ces idées noires, ces tentations mortifères en déroute, quelque chose qui réduise à néant le mal qui vient nous éprouver et tenter de nous renverser

Et puis ce bâton, c'est aussi celui que Dieu a donné à Moïse pour l'accompagner dans sa vie, et qui est tendu à chaque croyant dans sa relation à Dieu ou dans sa réflexion personnelle. Il ne dépend que de nous de prendre ce bâton de l'Eternel pour qu'il nous suive dans notre marche et qu'il nous permette, comme à Moïse, de fendre la mer pour que nous puissions traverser, avec l'aide de Dieu, les événements qui nous effraient et dont nous pensons que nous risquerions de nous y noyer. Ce bâton de la présence de Dieu peut aussi nous permettre, comme Moïse de faire sortir de l'eau, en plein désert, d'un rocher, pour nous désaltérer, nous donner la vie quand nous mourons de soif.

Le bâton du berger pourrait encore être d'autres choses extrêmement importantes pour donner la vie, la liste n'est pas close.

Bref, ce Dieu là c'est vraiment la présence idéale qui nous apporte tout ce dont nous pouvons avoir besoin sur notre route, de douceur, de soutien, d'exhortation, de conseil, de soutien et d'espérance, et c'est une grâce extraordinaire.

Amen

 Psaume 23

Psaume de David.

L'Éternel est mon berger : je ne manque de rien.

Il me fait reposer dans de verts pâturages

Il me dirige près des eaux paisibles. Il restaure mon âme,

Il me conduit dans les sentiers de la justice,

A cause de son nom.

Quand je marche dans la vallée de l'ombre de la mort,

Je ne crains aucun mal, car tu es avec moi :

Ta houlette et ton bâton, voilà mon réconfort.

Tu dresses devant moi une table, En face de mes adversaires ;

Tu oins d'huile ma tête, Et ma coupe déborde.

Oui, le bonheur et la grâce m'accompagneront

Tous les jours de ma vie,

Et je reviendrai dans la maison de l'Éternel

Pour la durée de mes jours.

Jean 10:2-4,11,14-15

Celui qui entre par la porte est le berger des brebis. Le portier lui ouvre, et les brebis entendent sa voix ; il appelle par leur nom les brebis qui lui appartiennent et les mène dehors.

Lorsqu'il a fait sortir toutes celles qui lui appartiennent, il marche devant elles ; et les brebis le suivent, parce qu'elles connaissent sa voix.

Moi, je suis le bon berger. Le bon berger donne sa vie pour ses brebis.

Je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent, 15comme le Père me connaît, et comme je connais le Père ; et je donne ma vie pour mes brebis.