« Car celui qui doute est semblable au sac et au ressac de la houle marine agitée par le vent. » (Jacques 1,2)

 

Certains versets me paraissent bien effrayants. Ici, je m’imagine comme un bouchon balloté par les courants marins. Qui donc est-il celui qui ne doute jamais ? C’est pourquoi j’entends le réconfort dans le cri de ce père à Jésus : « Je crois, viens au secours de mon incrédulité » (Marc 9,14). Cri extraordinaire qui exprime simultanément la foi et ses limites. Même avec la foi, j’ai besoin du secours d’un autre. Reconnaître notre besoin du secours de Dieu, n’est-ce pas tout simplement croire ? En effet la foi ne nous protège pas de tout, elle n’est pas un talisman. L’incrédulité n’est pas le contraire de la foi. Et si j’ai besoin du secours de Dieu, ce n’est pas en lien avec ma foi, mes convictions.

 

Je crois.

Je crois que Dieu existe. De cela je n’ai que peu de doutes. Pourtant une fois la confession énoncée, le débat n’est pas clos. Une question reste : qui est Dieu ? Mon Dieu est le Dieu qui se manifeste en Jésus-Christ. Il est proche de moi, il m’aime, il me sauve, il me rend pleinement humaine. Sans sa présence serais-je encore là ? Grâce à lui je peux m’exprimer, me magni er, là je n’ai aucun doute, aucune réserve. Maintenant, qui est Dieu exactement ? Quelle est la nature de Jésus ? Est-il Dieu, fils de Dieu, prophète ? Je n’ai pas de réponse toute prête. Des sommes théologiques ont été écrites sur ces sujets. Mais je ne possède pas la forme d’intelligence qui me permet de comprendre les longs développements dogmatiques. Je suis beaucoup plus réceptive à la simple lecture de la Bible, et là je trouve une multitude de réponses à ces questions qui parfois s’opposent, se contredisent. C’est une chance ! C’est à travers ce choral que je découvre Dieu, un Dieu d’amour, de liberté, qui fait confiance à l’être humain, qui me dit : c’est à toi de me découvrir. C’est l’essentiel, ce qui donne sens à ma vie : l’invitation à la quête et l’expérience de la rencontre. C’est dans cette rencontre personnelle que je découvre la puissance de l’amour de Dieu dans mon existence. Pourtant...

 

 

Je me questionne.

« Tout est possible pour celui qui croit. »(Marc 9,23). Ce verset me paraît presque scandaleux, alors que c’est Jésus qui l’énonce. J’apprécie d’autant plus la réponse immédiate de l’homme « je crois viens au secours de mon incrédulité »(9,24). Certes, je crois, mais tout de même il y a bien des impasses. Le problème du mal est la question sur laquelle vient échouer tous les langages. Existe-t-il une puissance du mal ? D’où vient le mal ? Comment un dieu d’amour peut accepter cela ? Je ne trouve aucune réponse possible. Finalement, croire n’est-ce pas accepter de ne pas avoir toutes les réponses ? Car croire ce n’est pas savoir. Croire, c’est s’en remettre à Dieu, et en même temps continuer à chercher. S’apercevoir que mon questionnement initial n’était probablement pas le bon. Ainsi le problème du mal n’est pas celui de son origine mais de son avenir. Nous sommes invités à combattre le mal, sans trop nous poser la question de son pourquoi. Croire c’est faire confiance à Dieu pour ce qui m’échappe et découvrir que Dieu n’est pas toujours là où je pensais le trouver. Croire c’est accepter d’être déstabilisé, bousculé y compris dans mes convictions.

 

Osons la foi !

Croire me permet d’affronter la vie, dans sa complexité. Et pour cela j’ai une aide formidable : la lecture de la Bible. J’y découvre des bons, des méchants, des personnages toujours subtils plein de foi mais qui se questionnent, qui sont loin d’être exemplaires. Ils discernent la présence de Dieu à leurs côtés et font l’expérience de son amour. Dieu fait confiance et offre la liberté. Croire c’est se savoir aimé et se découvrir adulte libéré et responsable. Puisque Dieu croit en nous, puisqu’il nous aime, osons prendre le relai, croire en notre prochain et l’aimer. Croire et aimer se conjugue, là se trouve la vie belle, pour moi, pour tous.

 

Florence Blondon

 

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