Conférences de l'Étoile

 

Le Retour du Religieux, qu'en penser ?

 

Jean-Pierre Lintanf : Le retour de la religion populaire

 

La difficulté majeure à mes yeux est d'imaginer le New Age comme une réalité repérable sociologiquement. C'est plutôt une tendance, une nébuleuse, à laquelle nous appartenons tous plus ou moins.

Le New Age, contrairement à ce que l'on croit est une réalité qui vient d'Europe. C'est un spirite français, Paul Lecourt, en 1937, qui a développé l'idée de l'arrivée de l'ère du Verseau. Tous les 2000 ans, le soleil se lève, à l'équinoxe de printemps, dans un signe zodiacal différent : il y a eu le Taureau, à l'époque de l'Assyrie, puis le Bélier, qui correspond à Abraham jusqu'à Jésus, avec l'agneau pascal, puis le Poisson, Ichtus, le temps du Christianisme, et voici que nous allons entrer dans une nouvelle ère, le Verseau, qui est harmonie, paix.

Le phénomène New Age n'est pas arrivé tout seul ; beaucoup de gens y ont contribué. Je pense à Guénon, Alan Kardec, Steiner. On fait beaucoup référence aussi à Maître Eckart, provincial des Dominicains du XIVème siècle, à Lanza del Vasto, à Teilhard de Chardin, à l'évangile de Thomas etc. Ils sont avant-coureurs de ce mouvement. C'est une sorte de monde très flou, insaisissable. Dès 1960, avec la Comédie musicale Hair beaucoup de choses sont posées. Ecoutez le texte du chÏur final, qu'il m'est arrivé de jouer en liturgie tellement je le trouve beau : " Harmonie, loyauté, clarté, sympathie, lumière et vérité, personne ne supprimera la liberté, personne ne pourra plus museler l'esprit, la mystique va nous donner de comprendre, l'homme va réapprendre à penser, gloire au Verseau ! "

Quand on demande "Qui est dans le New Age ? " Il n'y a personne ! Je rencontre beaucoup de gens qui, de mon point de vue, appartiennent à ce climat du New Age, mais très rares sont ceux qui me disent "Je suis New Age ! "

Dans ces réalités qui constituent ce climat général New Age, on retrouve, l'astrologie, la croyance en la réincarnation, la numérologie, l'anthroposophie, la théosophie, le training autogène, la bioénergie, la sophrologie, les techniques de rebirth, de cri primal, la gestalt thérapie, les approches dites intégratives ( psychosynthèse spirituelle, PRH , l'Analyse Transactionnelle, avec l'influence de Yung,) toutes les thérapies alternatives, les médecines douces, les courants qui vous parlent de fluide, d'énergie, les techniques qui mettent en Ïuvre les massages, le magnétisme, les biorythmes, tous les types de méditation - yoga, zen, bouddhisme tibétains -, toute les mobilisation des énergies, à la manière de Maguy Lebrun, les chaînes de prières, les coalitions d'énergie, les chemins initiatiques, le tarot psychologique tibétain, les voyages hors du corps. La liste pourrait s'allonger. Il y a aussi deux grands films qui disent très bien New Age : Le grand bleu, et Jonathan le goéland.

Pour un bon nombre d'observateurs, dont je suis, les groupes du renouveau charismatique sont en fait une modalité du New Age, - même s'ils le dénoncent comme l'ennemi -, avec l'importance accordée à la guérison, au vécu, à l'expérience, au ressenti, à la transparence, la chaleur de la communauté.

 

D'où vient le New Age ?

Trois raisons à cette nouvelle attitude face à la vie.

  1. Première raison : La montée du sujet. C'est la montée de l'individualisme, avec l'importance accordée au sujet et la perte du poids des institutions et de leurs contraintes, qui fait que l'homme moderne est celui qui va se déterminer tout seul. " Ce qui détermine l'homme moderne, c'est la nécessité pour lui de s'auto-déterminer en ne reconnaissant aucune possibilité d'intervention extérieure dogmatique ou morale. "
    Les sociologues qui ont valorisé le sujet : Gilles Lipoveszcki, -l'ère du vide -, puis l'empire de l'éphémère, Gérard Mendel : 54 millions d'individus sans appartenance, Gauchet : Le désenchantement du monde.

  2. Deuxième raison : l'échec du paradigme technico-scientifico-matérialiste et marchand, avec l'impossibilité de ce monde à nous apporter le bonheur par la technique ou la science.

  3. Troisème raison : le nouveau statut social de la vérité. Nous avons connu une période où la Vérité était reconnue dans un monde social. Il y avait la Vérité des catholiques, la Vérité des protestants, celle du marxisme. Aujourd'hui, on accepte le pluralisme, qu'il y ait du bon dans l'autre. Cela relativise nos modèles. J'ai chez moi une image du Dalaï Lama en train de faire ses dévotions à la grotte de Lourdes en compagnie de l'Evêque de Tarbes. Pouvez-vous imaginer ce que cela peut représenter dans le subconscient de gens qui ne savent plus trop à quel saint se vouer ?

L'homme moderne flotte, sans appartenance, et tout flotte autour de lui. Il fait son petit montage. Le New Age est alors une sorte de bricolage, une religion de supermarché, où on prend un peu de ceci, un peu de cela ou de cela.

On note cependant des lignes de forces :

On veut un climat communautaire chaud, tolérant, bienveillant ;

  • Centration sur soi,

  • Intériorité, accession à de nouveaux états de conscience

  • Recherche du bien être, avec l'importance donné à une médecine centrée sur la personne.

  • Retour au vécu : est vrai ce qui te fait du bien.

  • Instantanéisme, avec le risque de la perte de mémoire, et de l'inscription dans une tradition.

  • Importance accordée au " tout " plus qu'à la partie et vision planétaire du monde

  • Retour du "christique ", religion de la conscience universelle bienveillante, dont le but est de préparer le retour de l'instructeur mondial, le Christ, le Verbe, le Christ cosmique.

  • Croyance en la réincarnation, apparitions etc.

 

Qu'en penser ?

Il y a des attaques violentes qui le perçoivent comme le diable.

Je pense qu'il faut l'écouter, lui accorder autant d'attention à ce que nous appelons la religion populaire.

Il y a là des choses très positives : un actif, des frontières et des ruptures.

L'actif, c'est le primat donné au spirituel. Nous sortons d'une période matérialiste et nous assistons à la fin d'une certaine forme de scientisme ou de messianisme politique. Le retour à l'intériorité favorise une attente de beaucoup de gens, une recherche spirituelle profonde. Beaucoup de gens recherchent une pacification intérieure et une communication avec Dieu, et ils pensent qu'ils ne peuvent pas dans leurs églises trouver ce qu'ils cherchent. C'est là une question fondamentale pour toutes nos communautés chrétiennes.

Les frontières. Il y a le danger du narcissisme, avec des régressions fondamentales. Il y a aussi la confusion entre l'émotionnel et le spirituel - émotionnel personnel ou venant du groupe -. Je ne crois pas qu'il faille mettre l'Esprit Saint à toutes les sauces psychologiques ou émotionnelles.

Il y a aussi un réenchantement du monde, une sorte de paganisme qui revient, avec des esprits un peu partout, ainsi que l'importance accordée à la guérison, qui me semble assez dangereuse. La communication avec l'au-delà me semble aussi extrêmement dangereuse, dans la mesure où elle entraîne le refus de faire un travail de deuil et d'accepter le mystère de la mort.

Les ruptures. Trois points majeurs qui ne me permettent pas de tout accepter dans cette nébuleuse New Age.

  1. L'horizon du Christianisme est un horizon de communion, alors que celui de ces groupes est un horizon de fusion.

  2. La disparition du Jésus de l'histoire, avec l'incarnation et l'abattement avec lequel cet homme a vécu notre condition humaine dans ce qu'elle avait de plus difficile, de plus heureux aussi, et de plus dramatique. C'est ainsi que nous avons vu s'inscrire le mystère de Dieu dans notre histoire.

  3. Le refus des médiations, à partir d'une recherche personnelle, le désir de trouver "son " truc, en écartant les dimensions sociétaires et communautaires. Il y a un vocabulaire qui me permet de repérer cela. " La lutte pour le XXIème siècle ne sera pas, comme on pouvait le croire il n'y a pas longtemps entre les matérialistes scientistes et les religieux, mais entre les religieux et les spirituels " Pour lui, le religieux est celui qui s'aliène dans une institution qui lui dit ce qu'il faut croire et ce qu'il faut faire, et le spirituel est celui qui mène sa quête personnelle, dans une sorte de gnose, en prenant ici ou la, dans une fidélité à une attitudeintérieure. Plus de communication. Pas d'institution, pas de communauté, pas de médiation, et surtout pas de régulation des savoirs.

Beaucoup de gens n'ont plus de système référentiel cohérent autour duquel on peut discuter. Ils me donnent l'impression d'enfants à qui on essayerait d'apprendre cinq ou six langues à la fois, sans qu'ils aient eu à la base, une charpente.

C'est une forme d'adolescence.

 

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