Conférences de l'Étoile

 

Le Retour du Religieux, qu'en penser ?

 

Alain Houziaux : Le New Age pose de bonnes questions

 

1 - Présentation sommaire du " New Age "

Même si, aujourd'hui, plus personne ne se reconnaît " New Age ", on peut néanmoins caractériser le courant " New Age " en cinq points :

  1. C'est une recherche du sens de sa vie. Cette recherche s'effectue de manière individuelle et même individualiste (" chacun doit trouver sa voie "), c'est-à-dire indépendamment de tout système philosophique, théologique, dogmatique, ecclésiastique ou institutionnel. Cette recherche n'est ni intellectuelle ni spéculative. C'est plutôt une quête psychologique, affective et émotionnelle.

  2. C'est une recherche du bonheur, c'est-à-dire de l'harmonie et de l'équilibre. Pour cela, il faut développer ses " ressources personnelles " par des techniques psychocorporelles de façon à régénérer l'être intérieur pour qu'il puisse affronter la vie avec les autres qui est souvent vécue comme contraignante voire agressive.

  3. C'est une recherche de l'unité et de l'unification. Tout doit aller dans le sens de la réconciliation et du dépassement des contradictions, des conflits, des paradoxes, des " double bind " (doubles contraintes). Il faut donc récuser les distinctions et les séparations classiques entre Dieu et l'homme, entre la nature et le surnaturel, entre la science et la religion.

  4. C'est une recherche sur soi-même pour mieux s'accepter, se connaître, s'aimer et pour mieux se réaliser. C'est une recherche de son identité propre.

  5. C'est une " spiritualité ". Qu'entend-on par là ? Une " spiritualité ", c'est une quête et une connaissance qui ne visent pas tant " Dieu " lui-même que le sacré, le surnaturel, le mystère. C'est aussi une pratique qui reprend les rites et les symboles de diverses religions traditionnelles, mais en les recodant " à la carte " selon un bricolage personnel. C'est enfin une expression de soi qui s'enracine dans la présence en soi de l'" esprit " qui est à la fois souffle, énergie et principe divin.

 

2 - Critique du New Age par le Christianisme " officiel "

Pour quels motifs le Christianisme " officiel " critique-t-il le New Age ?

  • Le New Age, dit-on, est une forme de paganisme et d'animisme.

  • Le New Age, dit-on, mélange tout : la science et la religion, l'esprit et la matière, Dieu et l'homme, la religiosité naturelle et la foi au Christ. Il confond la spiritualité, le bonheur et la santé au lieu de distinguer, comme le voudraient les théologiens orthodoxes, ce qui est de l'ordre de la foi et de la théologie, ce qui est de l'ordre de la psychologie et du bonheur et ce qui est de l'ordre de la médecine et de la santé.
  • Le New Age, dit-on, ne respecte pas les spécificités de chacune des orthodoxies religieuses (Bouddhisme et Christianisme en particulier) et confond, entre autre, réincarnation et résurrection.

 

3 - Critique de la critique du New Age

Face au New Age, la plupart des articles et des ouvrages chrétiens se posent trop souvent en juges au nom de la Bible : " une telle vision (le New Age), demandent-ils, peut-elle être confirmée ou infirmée par la Bible ? Est-elle contraire à la révélation biblique ? " (sic). Cette manière dogmatique de procéder ne me paraît pas souhaitable. Le " dogmatisme " avec lequel les théologiens traditionnels critiquent le courant du New Age m'apparaît tout à fait analogue au dogmatisme, à l'assurance et à la bonne conscience avec laquelle les " Evangéliques " condamnent les Protestants plus ou moins libéraux.

  • Les bons théologiens qui critiquent le New Age font trop souvent la distinction, qui me paraît artificielle entre d'une part la foi (la vraie, la bonne, la chrétienne) fondée sur la Bible et d'autre part la " religion naturelle " (la croyance à l'astrologie, aux anges, aux esprits) qui serait superstitieuse, païenne, animiste et idolâtres.
  • Mais me semble-t-il, les choses ne sont pas si simples. D'une part, le fait de vouloir fonder la foi exclusivement sur la Bible, considérée comme la Parole de Dieu, relève peut-être aussi d'une forme de superstition. D'autre part, il faut rappeler que le Judaïsme a assumé en son sein le paganisme et l'animisme qui l'ont précédé. Ajoutons que la Bible, dans bien de ses passages, assume une mentalité que l'on pourrait qualifier de superstitieuse, animiste et païenne (croyance aux esprits, aux démons, au séjour des morts, aux anges, aux astres...).
  • Les " bons théologiens " font valoir que le New Age est une forme de croyance aux phénomènes paranormaux. Ce qui ne serait pas biblique. Mais c'est oublier que la Bible elle-même fait souvent référence à des phénomènes paranormaux (cf. I Samuel 28 ; Actes 5, 9).
  • Ils font également valoir que le New Age confond réincarnation et résurrection, ce qui ne serait pas biblique. Mais le fait, pour les juifs des temps bibliques, d'attendre le retour d'Henoch ou de Moïse ou d'Elie " revenus à la vie " (Mat. 16, 14 etc. ...), plusieurs siècles après leur mort, n'est-il pas, somme toute, assez proche d'une croyance à la réincarnation ?
  • Ils font enfin valoir que le New Age confond l'Esprit Saint et " les esprits " (qui relèveraient de superstitions païennes). Mais c'est oublier que la Bible n'ignore pas les " esprits " (qu'ils soient bons ou mauvais et démoniaques).
  • Ainsi je ne vois pas pourquoi il faudrait être plus puriste que Jésus-Christ et que la Bible. Il faut, me semble-t-il, faire la différence entre deux choses : d'une part accepter qu'il y ait des phénomènes paranormaux et d'autre part les considérer comme des manifestations divines. Ce que fait le discours biblique, ce n'est pas ignorer les " réalités invisibles " (paranormales), mais les soumettre à Dieu (Gen. 1, 16).

 

4 - Le New Age pose de bonnes questions

En fait, le New Age pose de vraies questions à la théologie chrétienne orthodoxe :

  • En effet, il met en question, à juste titre à mon avis, la différence que fait la théologie chrétienne orthodoxe entre ce qui est de l'ordre de la Révélation tombée d'en haut (qui enseignerait une vérité que doit croire l'homme) et la religion naturelle, psychologique et émotive qui exprime ce que l'homme croit spontanément. Peut-être serait-il temps de se rappeler que le Christianisme est une religion de l'incarnation. La Parole révélée s'est faite " chair ", c'est-à-dire émotion, souffrance, désir, sentiment, bref " religion naturelle ", avec tout ce que cela comporte d'équivoque mais aussi d'humanité.

  • Le New Age met aussi en question la méfiance que la théologie traditionnelle a toujours eue vis à vis de la cosmologie et peut-être même vis-à-vis de la science en général. Les grandes mises à l'index ont été faites sur ce point (Galilée, Teilhard de Chardin). La théologie chrétienne d'aujourd'hui, pour sauver son honneur face aux découvertes scientifiques, accentue la distinction entre science et foi. Et ce tout en continuant néanmoins à affirmer que le monde a été créé par Dieu (ce qui la met en contradiction avec elle-même). Le New Age, lui, a le mérite de présenter une spiritualité dans laquelle l'homme est partie prenante du cosmos et même au confluent des forces du cosmos. De plus, le New Age réactualise des questions de fond qui sont depuis toujours en débat dans le christianisme. J'en vois trois.

  • Peut-on donner un sens à la vie ? Faut-il vraiment persister à dire (comme le font, en particulier, les bons théologiens luthériens) que la vie n'a aucun sens ni aucune justification en elle-même et que Dieu seul, par un acte gratuit, " justifie " la vie et lui accorde une valeur et un sens qu'elle n'a en aucune manière en elle-même ? Ou bien faut-il reconnaître que le chrétien peut, par lui-même et par sa vie spirituelle, donner un sens à sa vie ?

  • La quête du bonheur est-elle légitime ? Faut-il vraiment persister à dire que toute recherche d'un bonheur personnel est finalement égoïste et qu'elle est une façon de vouloir se sauver par soi même ? Ou bien faut-il concéder que la recherche du bonheur est un devoir que nous donne Dieu lui-même ?

  • Quelle est la vocation de l'Eglise ? L'Eglise doit-elle être une minorité de confessants qui se réfèrent à la vraie doctrine ou bien doit-elle accueillir aussi tous les hommes de bonne volonté qui tâtonnent dans leurs certitudes ?

Je termine par un rappel évangélique : le Royaume de Dieu est premièrement non pas pour les " pharisiens " qui confessent la juste doctrine, mais pour les " tout-petits " et les " pauvres ". Les " pharisiens ", ce sont peut-être aujourd'hui ceux qui estiment avoir une bonne théologie, et les " tout-petits " ce sont peut-être aujourd'hui ceux qui cherchent leur spiritualité (même si celle-ci est imprécise et vague) dans leurs émotions, leur mal d'être et leur désir d'en sortir.

 

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