Conférences de l'Étoile

 

Le Retour du Religieux, qu'en penser ?

 

Débats

 

Question : Comment expliquer le succès du New Age?

Michel Lacroix :

Tout d'abord, le millénarisme du Verseau exerce une puissante séduction parce qu'il restaure la confiance en une histoire fléchée vers un avenir meilleur.

Le New Age doit son succès également au fait qu'il accorde une grande importance au corps. Il réhabilite le corps, - ce corps déshonoré et humilié dans les camps de concentration. Face aux images d'archives montrant des êtres humains squelettiques, le New Age symbolise la revanche du corps. Il invite à le redécouvrir.

En outre, le corps a été le grand oublié de la spiritualité occidentale. Le New Age constitue une réaction contre cette tradition. Il dessine un chemin de spiritualité qui passe par les sens, le souffle, le travail sur les postures et le mouvement, le geste juste, les arts martiaux, la gymnastique sacrée, et même la sexualité, à l'instar du tantrisme. Cette approche, inspirée par l'Orient, séduit nos contemporains.

Une autre raison de son succès tient au caractère prométhéen du message qu'il délivre. Les pratiques du New Age expriment le rêve d'un dépassement de soi, d'un franchissement des limites. Elles offrent la possibilité d'élargir la conscience, d'aller au-delà de l'ego. Elles font goûter la saveur d'une identité à géométrie variable. Elles assurent l'homme qu'il possède un fantastique potentiel cérébral, affectif, social, spirituel, et que ce potentiel peut être actualisé. Le surhomme n'est pas loin...

Par là, le New Age entre en résonance avec la culture de l'illimité qui marque profondément la sensibilité actuelle. Cette culture de l'illimité se manifeste de multiples façons, dans le sport, le désir de prouesses, le dopage, la drogue, la croyance en la réincarnation, l'intérêt pour la parapsychologie, l'attrait pour l'occultisme.

Evidemment, ce New Age prométhéen n'a plus grand chose à voir avec le Christianisme, pour lequel l'homme a besoin d'être sauvé par la grâce divine. Les techniques du New Age entretiennent le mythe de la toute-puissance et de l'auto-rédemption. Le new-ager entend assurer son salut lui-même. Il affirme son indépendance sotériologique.

Pour expliquer le succès du New Age, on est tenté, enfin, d'invoquer un facteur matériel, d'ordre à la fois économique et démographique. Le New Age répond au besoin des individus de satisfaire des besoins psychologiques, une fois que leurs besoins économiques et matériels sont satisfaits. Une fois que le bien-être matériel est assuré, l'exigence d'épanouissement prend, tout naturellement, la relève. Mais surtout, il faut tenir compte de l'accroissement vertigineux de la longévité. Les individus atteignant quarante ou cinquante ans savent que leur espérance de vie est encore très élevée. Ils ne sont qu'à la moitié de leur existence. Si bien que cet âge, qui est ordinairement celui des bilans, se trouve être en même temps celui des nouveaux projets. Les individus ont encore un long chapitre de vie à écrire, et ils veulent en profiter pour corriger les erreurs commises dans le passé, et donner à leur existence plus d'intériorité et de profondeur. "Nous passons la moitié de notre vie à glisser au fond d'un trou, et la seconde moitié à essayer d'en sortir", disait Jung, avec une sagesse teintée d'humour. Pour beaucoup d'individus, le New Age est l'outil qui, pensent-ils, leur permettra de s'extraire de ce trou.

 

Question : Quelle est la responsabilité des églises dans le phénomène New Age ?

Alain Houziaux :

Comme le Père Jean-Pierre Lintanf, je pense qu'une sorte de clivage est visible entre les églises d'une part et d'autre part les spiritualités qui se font en dehors des églises. Je voudrais dire deux choses.

  1. C'est comme s'il y avait un front commun entre d'un côté la libre pensée, la laïcité, les églises qui, chacune à leur manière,récusent la religiosité, les superstitions et peut-être même la spiritualité naturelle et populaire, et de l'autre côté, ceux qui, voulant tout de même vivre une spiritualité, seraient rejetées en dehors des églises.
    Entre les deux, il y a les charismatiques, qui sont spirituellement assez proches du New Age, et qui font tout de même partie des églises, protestantes ou catholiques.
    Quoi qu'il en soit, il y a une sorte de responsabilité fondamentale des églises dans le fait que, maintenant, si on veut vivre la spiritualité, il faut la vivre avec le bouddhisme, avec le New Age, avec la gnose ou l'ésotérisme. On ne peut plus la vivre dans les églises, parce que les clercs ont trop insisté sur le travail intellectuel, sur l'exégèse des textes saints, et sur les implications sociales et politiques de la vie chrétienne.

  2. Je vais être provocant, et même peut-être injustement méchant. Le New Age me paraît une sorte de luxe pour une société comblée, riche et vivant en paix. Même si le New Age n'est pas né en Californie, cet intérêt pour le développement personnel, pour le corps et la recherche forcenée du bonheur, comme l'insistance sur le sentiment océanique, me semblent être des recherches intérieures de personnes qui n'ont pas de problème avec la faim, les épidémies, les guerres, les violences de dictature.

Je vois dans le New Age une sorte d'avatar de la civilisation de la prospérité. Mais je pense que cela ne tiendra pas la route pour le XXIème siècle, parce que je crois que nous allons vers une période de crises extrêmement profondes, non seulement à l'Est et dans les pays d'Afrique, mais également en Europe. Dans des pays qui vivent la guerre, les crises économiques et le chômage, cet intérêt nombriliste disparaîtra et sera considéré comme secondaire.

Comme je pense que, malheureusement, au XXIème siècle il y aura beaucoup plus de crucifiés qu'il y en a eu dans cette deuxième moitié du XXème siècle, je pense que la religion de demain ne sera pas le New Age mais sera peut-être de nouveau le judaïsme et le christianisme.


Jean-Pierre Lintanf :

Je suis d'accord sur la chance redonnée au christianisme comme religion de salut, mais avec un nouveau visage. Nous avons autour de nous des tas de gens qui vont chercher ailleurs ce qu'ils seraient en droit de trouver dans leurs églises. Il y a de nouvelles mentalités, de nouvelles sensibilités, dont nous sommes tous une peu marqués, et qui vont nous permettre de donner à nos églises de demain une autre allure.

 

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