Conférences de l'Étoile
Le Retour du Religieux, qu'en penser
?
Roland Goetschel : La kabbale hier et
aujourd'hui
Il se peut que l'ésotérisme d'aujourd'hui
soit un ésotérisme de pacotille. Mais il y a aussi un
ésotérisme qui représente une démarche plus
authentique, puisqu'on s'aperçoit que dans les trois religions
monothéistes existe un phénomène parallèle
d'approfondissement de la révélation, que ce soit pour
l'Evangile, -pensons à St Jean de Flore - pour la mystique musulmane
ou la mystique juive.
Je pense par exemple à des expériences
mystiques, pour parler du judaïsme, à un mouvement mystique
: le hassidisme d'Europe orientale. On retrouverait des phénomènes
semblables dans les religions monothéistes, ce qui fait qu'on
ne peut pas affirmer une coupure pure et simple entre l'élite
et la masse.
La Kabbale
C'est un terme hébreu qui vient d'une racine qui
signifie recevoir. Cela marque immédiatement l'accent placé
sur le fait que la Kabbale se réclame d'une certaine tradition.
Le Kabbaliste n'est pas un homme qui pense innover mais qui reçoit
quelque chose d'une chaîne. Il est un chaînon dans une chaîne
initiatique. L'ésotérisme en général se
situe dans cette même perspective.
Pour le mystique juif, la création n'est pas à
l'origine des temps mais elle est possible à chaque instant du
temps. La Révélation n'est pas simplement la théophanie
du Sinaï, c'est un moment qui peut être vécu et revécu,
par exemple dans les moments forts de l'année liturgique juive,
comme la Pentecôte. De la même façon la Rédemption
c'est l'attente d'une ère messianique collective à la
fin de l'histoire, mais le mystique pense que hic et nunc une certaine
rédemption est possible. Une des grandes figures de la mystique
juive, Abraham Aboulafia, au Moyen-âge, pensait que, dans son
expérience extatique, il était véritablement le
Messie.
Les rapports entre Kabbale et ésotérisme
La Kabbale est ésotérique par son mode
de diffusion. Les différentes écoles qui ont produit les
hommes qui se rattachent à la mystique juive ont été
au point de départ l'apanage de certains petits groupes d'initiés.
Mais nous voyons aussi qu'à partir d'un certain moment, lorsqu'un
groupe pense avoir découvert certaines vérités
fondamentales, surgit en lui une exigence de les diffuser. C'est pourquoi
on voit qu'il y a une tension constante à l'intérieur
de la Kabbale entre ésotérisme et exotérisme.
La Kabbale aujourd'hui en France
De la même façon que pour l'ésotérisme,
il y a un intérêt renouvélé pour la Kabbale,
et nous devons nous interroger sur les raisons qui ont amene ce renouveau
d'intérêt.
Il faut d'abord rappeler qu'au cours dU XIXème
siècle, sous l'influence des lumières, le judaïsme
d'occident a été complètement opposé à
toute idée de mystique, et confondait mystique juive, kabbale
et superstition. ensuite viendra une periode de réhabilitation
de la mystique juive, qui commencera par exemple par la traduction des
textes hassidiques de Martin Buber, au début du siècle,
et surtout commenceront des études universitaires, amorcées
par Gershom Scholem et ses successeurs.
Et il va y avoir tout un travail de traduction des textes
kabbalistiques, encore en cours. La recherche sur la Kabbale se poursuit
activement de nos jours, sur le plan scientifique.
À côté de cela, on s'aperçoit
qu'il y a une diffusion dans des milieux de plus en plus vastes, avec
une sorte de sous culture des idées kabbalistiques. Un exemple
: il existe à Paris un centre qui s'appelle Centre de la Kabbale
d'un Rabbin américain, qui s'appelle Philip Berg qui a quitté
Israël et s'est installé aux Etats-Unis, et qui a diffusé
un peu partout dans le monde, y compris à Paris. Dans ce Centre
on enseigne une version de la Kabbale d'Isaac Louria qui est le dernier
des grands Kabbalistes de la tradition, interprétée selon
la lecture d'un kabbaliste contemporain qui s'appelle Yehoudah Ashlag
et qui a vécu de 1882 à 1955.
Un des vecteurs de la diffusion rapide des idées
et des enseignements de la Kabbale, c'est Internet. Il y a là
plus d'une centaine de sites consacrés à la Kabbale. Et
cela a suscité des réactions assez négatives dans
un certain nombre de milieux juifs officiels. Par exemple, une interview
dans VSD de l'actuel Grand Rabbin de France, Joseph Sitruck, a été
titrée Le Grand Rabbin de France condamne la Kabbale. En fait,
il met en garde contre la vulgarisation de la Kabbale,
En se fondant sur une excommunication formulée
par un tribunal rabbinique de Jérusalem qui condamnait cet enseignement
de la Kabbale parce qu'il ne se faisait pas dans les voies classiques.
En particulier, on reproche à ce centre d'enseigner la Kabbale
à des non-juifs, à des juifs laïques et à
des femmes !
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