Prédication au Temple de l'Etoile à Paris
par le Pasteur Louis Pernot
Le fait que nous soyons dits fils de Dieu, et que nous puissions appeler
Dieu "Père", est très largement attesté dans nos
écritures. Nous en faisons aussi un fort large usage dans notre
piété, notre liturgie, etc... Mais au fond, qu'est-ce que
cela signifie?
Pour essayer de préciser cette question, on peut rechercher dans
la Bible les différents passages où l'expression fils,
ou enfant est utilisée, soit à l'égard de
Dieu, soit à l'égard d'une autre réalité,
et ainsi avoir une idée de ce que peut signifier l'idée
que nous soyons dits fils de Dieu lui-même.
Le fils doit son existence à son père
Moïse dans la Deutéronome rappelle à l'ordre le peuple
d'Israël en lui disant: l'Eternel n'est-il pas ton père,
ton créateur?... (Deut. 32:6). Nous sommes donc par nature
fils de Dieu en tant qu'il est notre créateur. Cette proposition
est l'une des plus évidentes, mais il est bon que nous nous rappelions
cette dépendance qui existe à l'égard de Dieu. Il
peut nous sembler que notre vie nous appartient, mais nous devons nous
rappeler que cela n'est pas par notre propre mérite, mais parce
qu'elle nous a été donnée. Nous sommes donc redevables
à Dieu qui est esprit pour vivre selon l'esprit (Rom. 8:31).
Le fils est aimé tendrement par son père
Comme l'amour d'un père pour ses fils, l'amour de Dieu pour
ceux qui le craignent (Ps. 103:13). Le terme de "Père" utilisé
pour Dieu rappelle tout l'amour de Dieu pour les hommes, tel que le Christ
nous l'a annoncé. Amour inconditionnel et total, plein de pardon
et de tendresse. Jean insiste tout particulièrement sur ce point:
Voyez quel amour le Père nous a donné, puisque nous sommes
appelés enfants de Dieu! (IJean 3:1).
L'enfant, dans l'orient ancien, ne jouissant que d'un très faible
statut social. Complètement dépendant de ses parents, il
était pour eux pratiquement un serviteur ou un esclave à bon marché sur lequel ils avaient
le droit de vie et de mort. Ainsi, être l'enfant de quelqu'un suppose
une totale dépendance à l'égard de cette personne. Se
reconnaître enfant de Dieu entraîne que nous le reconnaissions
comme notre maître, comme celui à qui nous devons tout, et
auquel nous sommes absolument au service. C'est ainsi qu'Ahaz, roi de
Juda, pour dire sa soumission au roi d'Assyrie lui dit: Je suis ton
serviteur et ton fils... (IIRois 16:7) et qu'il est tout à
fait normal qu'un père dise à son fils: Mon enfant, va
aujourd'hui travailler dans ma vigne (Matt. 21:28), il est là
pour ça, c'est son rôle de fils. Ainsi être fils de
Dieu est un privilège, mais c'est aussi un devoir de soumission,
d'obéissance et de service.
Mais contrairement au serviteur, l'enfant hérite de son père, et cet héritage est
comme un cadeau immérité. Ce que Dieu nous donne, c'est
le salut, la vie éternelle. Mais un héritage n'est pas gagné
par celui qui en profite. Il le reçoit gratuitement si seulement
il appartient à la famille de celui qui partage son héritage.
L'héritage est une richesse indue, sans aucune considération
de qualité personnelle ou de mérite accumulés. C'est
ainsi une très bonne image du salut de Dieu, salut qui n'est pas
une récompense, mais un héritage, un don gratuit, avec la
seule condition que nous nous reconnaissions enfants de Dieu. Ainsi,
nous dit Paul, tu n'es plus esclave, mais fils: et si tu es fils,tu
es aussi héritier, grâce à Dieu. (Gal. 4:7)
L'enfant ressemble à son père
Et il est vrai que l'homme a été créé à
l'image de Dieu. Mais notre liberté fait que nous pouvons dans
une certaine mesure déterminer notre propre image. Nous pouvons
choisir à quoi nous voulons ressembler. Il nous est ainsi possible
de corrompre l'image divine que nous sommes naturellement, ou au contraire
de chercher à la rendre meilleure. Nous sommes appelés à
être les imitateurs de Dieu comme des enfants bien aimés
(Eph. 5:1). Et pour cela, nous devons essayer d'incarner dans notre existence
les qualités qui sont connues pour être celles de Dieu: l'Amour,
le pardon, la miséricorde &c... C'est dans ce sens que va le
commandement du Seigneur: Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui
vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent,
et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent.
Alors vous serez fils de votre Père qui est dans les cieux, car
il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il
fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes. (Matt. 5:44,45).
Pour imiter Dieu, nous sommes aussi invités à vivre de la
même manière que Dieu vit, c'est à dire dans l'Esprit,
et que notre existence soit conduite par ce même Esprit qui est
le coeur de la personne et de l'action de Dieu: Tous ceux qui sont
conduits par l'Esprit de Dieu sont fils de Dieu. (Rom. 8:14). Nous
retrouvons là un thème très cher à l'ancienne
Eglise dans la théologie des Pères grecs: la qeiwsiV, c'est à dire la divinisation comme but suprême de
l'humanité. Nous devons nous rapprocher progressivement de Dieu
pour devenir semblables à lui pour aller dans le sens de cette
ressemblance originalement voulue.
L'autre moyen pour ressembler plus précisément à
Dieu, pour être l'image de Dieu, c'est de ressembler au Christ qui
est l'image du Dieu invisible (Col. 1:15). Le Christ nous est donc
donné comme l'exemple même de la ressemblance à Dieu.
Et puisque Dieu, personne ne l'a jamais vu, mais le fils unique de
Dieu, lui nous l'a montré (Jean 1:18), et puisque Jésus
lui-même dit à Philippe qui lui demande: montre nous le
Père et cela nous suffira: Qui m'a vu a vu le Père (Jean
14:8-9) si nous voulons être les imitateurs de Dieu, il nous suffit
d'être les imitateurs du Christ . Là peut être vu le
projet de Dieu à notre égard: Il nous a destinés
à l'avance à être semblables à l'image de son
Fils (Rom. 8:29). Il y a donc dans notre désir d'être
fils de Dieu une part d'imitation du Christ qui n'est pas à négliger.
Le Christ n'est pas seulement un prophète qui aurait dit un message
intéressant ou vital, mais il est aussi exemplaire par son existence,
parce qu'il a vécu ce qu'il annonçait, et sa vie même
est une prédication, sa façon de se comporter est en soi-même
un enseignement.
Cette ressemblance est aussi vraie dans les actes
L'enfant est également dans la Bible celui qui accomplit les
mêmes actes que son père, comme les métiers qui se
faisaient de père en fils selon des traditions ancestrales. C'est
ainsi que le Christ dit aux pharisiens: si vous êtes enfants
d'Abraham, faites les oeuvres d'Abraham... mais vous avez pour père
le diable, et vous voulez accomplir les désirs de votre père.
Il a été meurtrier dès le commencement, et il ne
s'est pas tenu dans la vérité, parce que la vérité
n'est pas en lui.... il est menteur et père du mensonge. (Jean
8:39-44). Etre enfant de Dieu, c'est donc vouloir accomplir les oeuvres
de Dieu, qui sont oeuvres d'amour, de paix et de pardon, ainsi que l'enseigne
l'une des béatitudes: Heureux ceux qui procurent la paix, car
ils seront appelés fils de Dieu... (Matt. 5:9) ou encore la
première lettre de Jean: C'est par là que se manifestent
les enfants de Dieu et les enfants du diable. Quiconque ne pratique pas
la justice n'est pas de Dieu, non plus que celui qui n'aime pas son frère.
(IJean 3:10).
Mais si Dieu fait oeuvre de justice, de paix et d'amour, il a une autre
oeuvre d'une autre sorte mais également tout à fait fondamentale:
Il fait oeuvre de création. Dieu est créateur, et le monde
est son chantier. Nous sommes donc appelés à donner notre
humble participation à la construction du royaume de Dieu dans
le monde. Le fils n'est pas celui qui se repose pendant que son père
travaille. Le fils n'est pas celui qui donne des ordres au père
en lui disant: fais ceci, fais cela, même en ajoutant: s'il te plaît...
ou Amen. Mais le fils est l'ouvrier du père, il est le coopérateur
de Dieu (ICor. 3:9).
Le fils est donc comme le représentant du père, et cela est vrai pour un être
humain, mais l'expression est aussi fort souvent utilisée dans
la Bible pour une idée abstraite. Cela nous intéresse aussi
particulièrement, parce que Dieu peut être considéré
comme un personnage, certes, mais c'est là un langage imagé.
Dieu, peut aussi être considéré comme une idée
abstraite/ Il n'est pas rare de dire que Dieu, c'est l'Amour, ou que c'est
le Bien par excellence, ou que c'est l'Etre, ou la puissance d'Etre, qui
est force de vie etc... Ainsi, l'on trouve fréquemment dans la
Bible des expressions telles que: fils de colère (Eph. 2:2),
fils de rébellion (Eph. 2:2,5:6), fils de malédiction
(IIPie. 2:14), fils de perdition (Jean 17:12, IIThess. 2:3), fils
d'incrédulité (Col. 3:6), ou au contraire, pour des
choses plus positives: fils de la sagesse (Matt. 21:19), fils
de la paix (Luc 10:6), fils de lumière (Luc 16:8), fils
d'obéissance (IPie. 1:14) ou fils de la promesse (Rom.
9:8, Gal. 4:28)... Ainsi, dans chacune de ces expressions, celui auquel
elle est attribué est vu comme l'incarnation de la réalité
dont il est question, tout son être se définissant au mieux
par elle.
C'est dans ce sens que nous pouvons dire que Jésus est le fils de Dieu, parce que Dieu est la réalité qui est le centre
et l'ossature de toute son existence. C'est par la présence de
Dieu qui est en lui et qu'il vit quotidiennement que l'on peut au mieux
le définir.
Pour nous, la question est plus complexe, parce que contrairement au
Christ, nous ne sommes pas Fils de Dieu par nature dans ce sens. En effet,
notre vie n'est pas faite uniquement de la présence de Dieu. Il
y a en nous bien d'autres préoccupations qui nous éloignent
de Dieu, et il y a dans notre façon de vivre bien des actes qui
ne sont pas en concordance avec la volonté divine. C'est pourquoi,
la lettre de Paul aux Romains et d'autres passages, prennent la peine
de nous expliquer que contrairement au Christ, qui est fils de Dieu par
nature, nous ne sommes fils de Dieu que par adoption, c'est à dire
sans que nous le méritions vraiment. Et bien que nous ne ressemblions
pas totalement à quelqu'un qui serait digne d'être son enfant,
il choisit de prendre quand même de prendre chacun de nous comme
son enfant, et de nous aimer totalement comme si nous étions ses
fils. C'est là le signe de la grâce de Dieu: bien que nous
ne le méritions pas, en nous adoptant pour ses enfants, il nous
fait héritiers de son amour, de son salut et de sa vie éternelle.
Mais bien d'autres passages, du même Paul, nous montrent que cette
grâce et cette adoption ne doivent pas nous dispenser de faire tout
notre possible pour ressembler vraiment à des fils de Dieu. Ce
n'est pas parce que nous sommes sauvés par grâce que nous
pouvons nous dispenser d'obéir à Dieu. Bien d'avantage,
nous ferons plus encore, par reconnaissance pour ce salut gratuit, pour
cette adoption imméritée. Et puisque Dieu nous a adopté
pour ses fils, nous ferons tout ce que nous pouvons pour essayer de nous
rapprocher de l'image de ce qu'est un fils naturel de Dieu. Et puisque
Dieu a aimé gratuitement, nous ferons tout, non pas pour mériter
cet amour, ce que nous ne pourrions jamais obtenir, mais pour lui offrir
le maximum possible de notre amour maladroit en reconnaissance, faute
d'être digne, essayons de ne pas être ingrats. De ne nous
aime pas parce que nous l'aimons, mais nous aimons Dieu parce qu'il
nous a aimé le premier (IJean 4:19).
Nous sommes donc fils de Dieu par adoption
Et la bonne nouvelle de l'Evangile, ce que nous appelons la grâce,
c'est que Dieu est disposé à nous adopter pour ses enfants.
Mais une relation Père-fils, est une relation à double sens,
et pour que nous soyons au bénéfice de cette adoption, pour
que nous profitions pleinement de l'héritage que Dieu offre à
ses enfants, encore faut-il que nous sachions adopter Dieu pour notre
père. Et cette adoption que nous rendons à Dieu, nous le
faisons si nous savons l'accepter en nous, si nous acceptons dans notre
vie cet esprit d'adoption dont parle Paul dans Romains 8. Par nous mêmes
nous serions incapables de reconnaître Dieu pour notre Père,
c'est au delà des capacités de notre intelligence ou de
notre raison. Mais Dieu offre à tous son Esprit qui est un esprit d'adoption, entre autre choses, et c'est par lui que nous pouvons
crier Abba Père (Rom. 8:15). Cette réponse à
la grâce de Dieu, cette acceptation de sa grâce, c'est aussi
ce que l'on peut appeler la foi. Nous sommes sauvés par grâce au moyen de la foi
(Eph. 2:8), c'est la grâce qui nous sauve, mais la foi est le moyen
par lequel nous en bénéficions parce qu'elle consiste à
accepter cette grâce. On peut donc dire que la foi consiste justement
à reconnaître Dieu pour son père, et c'est alors par
la foi que nous nous trouvons enfants de Dieu, ainsi d'ailleurs que l'enseigne
Paul : Vous êtes tous fils de Dieu par la foi en Jésus
Christ. (Gal. 3:26)
Ainsi donc, cette vérité que nous sommes enfants de Dieu
peut se lire de deux manières complémentaires: à
la fois comme une bonne nouvelle et comme une grâce Vous êtes
tous des fils de Dieu par la foi en Jésus Christ (Gal. 4:6)
et aussi comme un appel à la conversion, comme une exhortation:
soyez des enfants de Dieu sans reproches au milieu d'une génération
perverse, parmi laquelle vous brillez comme des flambeaux dans le monde.
(Phil. 2:15).
Amen.
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