Prédication prononcée
le 2 novembre 2003, au Temple de l'Étoile à Paris,
par le Pasteur Louis Pernot
(Évangile selon Jean, chapitre 11:1-44 ; 1 Cor 15:35-49)
Comment
Jésus est-il arrivé à remettre en vie son ami Lazare ? Il est
difficile de le dire, bien entendu, puisque nous ne connaissons pas la
maladie de Lazare, ni les conditions de son décès, de son
ensevelissement, nous ne savons pas s'il était tout à fait mort ou
simplement dans un coma profond... Mais qu'importe.
De
toute façon, il est impropre de dire que Jésus a « ressuscité »
Lazare ce jour-là. Il l'aurait plutôt réanimé. La résurrection c'est
le passage dans la Vie éternelle, on parle plutôt de réanimation quand
quelqu'un revient à la vie en ce monde après avoir été mort
physiquement ou proche de la mort physique. C'est pourquoi les hôpitaux
ont un service de réanimation qui n'est pas confondu avec l'équipe d'aumônerie
qui serait plutôt le service de résurrection.
Après
cet épisode fantastique raconté ici, Lazare va mieux, il a l'air en
pleine santé, mais il faudra quand même qu'un jour son corps finisse de
vivre. Dans l'au-delà, nous n'avons plus de corps fait de matière, nous
dit l'apôtre Paul, mais un corps spirituel (1 Corinthiens 15:44). Lazare n'est donc pas
plus ressuscité qu'avant. Et pourtant, il est sans arrêt question de résurrection
dans ce texte. C'est même le fonds de la discussion entre Jésus et
Marthe: Jésus lui dit: Je suis la résurrection et la vie. Celui qui
croit en moi vivra, même s'il meurt; et quiconque vit et croit en moi ne
mourra jamais. Crois-tu cela?, (v. 25-26) Où donc se trouve la résurrection,
s'il ne s'agit pas de Lazare ? Il y a sans doute au moins une
personne qui ressuscite spirituellement dans cette histoire grâce à Jésus:
c'est Marthe. C'est sans doute moins spectaculaire, moins visuel, et cela
dérange moins de monde que ce qui arrive à Lazare. Pourtant, Marthe va
bien vivre un cheminement extraordinaire grâce au Christ.
Si
nous arrivions à percer le moyen qui a permis à Jésus de réanimer
Lazare, nous rendrions service à pas mal de monde en luttant contre les
morts prématurées. Mais l'Évangile ne cherche pas tellement à nous
apprendre comment faire pour réanimer quelqu'un. La recherche médicale a
plus apporté dans ce domaine que Jésus-Christ.
Par
contre Jésus nous apprend à ressusciter. C'est son domaine. Il est la
source de résurrection pour chacun de nous. Cela n'enlève rien à la
beauté de la tâche des médecins réanimateurs, mais la résurrection a
une portée bien plus considérable. Ce qui est en jeu n'est pas seulement
une période de quelques années de survie. Ce que Dieu nous offre
concerne la qualité de la vie humaine, une qualité telle que même la
mort ne peut l'atteindre. La vie ressuscitée c'est une vie qui est au delà
des contingences de la vie, au delà de tout le matériel et de tout ce
qui peut nous arriver concrètement. La vie ressuscitée, c'est la vie véritable,
celle que nous avons dans le Seigneur, vie pleine de joie, de beauté,
d'espérance, d'enthousiasme, d'amour... Cette vie est même éternelle,
nous dit Jésus. Et puisque c'est vrai qu'il est capable d'infiniment
approfondir notre vie par sa résurrection, on peut, a priori, lui faire
confiance sur cette notion d'éternité, mais qu'importe, finalement, nous
verrons bien (Le lendemain aura soin
de lui-même. Mt 6:34)
E
E
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Suivons donc ce récit
de la résurrection de Marthe et de la réanimation de son frère.
Quand Marthe apprit que Jésus
arrivait, elle alla au-devant de lui, tandis que Marie resta assise à la
maison.
Oui,
il est bon de savoir qu'à l'origine de toute résurrection il y a ainsi
la grâce de Dieu qui vient nous rendre visite. Parfois, le salut de Dieu
n'est au début que quelque chose dont on entend parler, comme Marthe qui
apprend que Jésus arrive, et comme elle, nous ne savons pas bien ce que
nous pouvons en attendre.
Marthe
choisit de se déranger pour aller accueillir Jésus. Elle y va d'abord
par amitié pour lui, mais aussi car elle sait qu'il a une puissance
incroyable contre la mort, une puissance qui lui vient de Dieu... même si
ce qu'elle attend de Dieu et sa foi est
pour l'instant imprécis, voire faux.
Marthe dit à Jésus: Seigneur, si
tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. Mais, maintenant même,
je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l'accordera.
Jésus lui dit: Ton frère ressuscitera.
Je sais, lui répondit Marthe, qu'il ressuscitera à la résurrection, au
dernier jour. (21-24)
Marthe
connaît bien son catéchisme, en tout cas le catéchisme pharisien qui
croit en la résurrection des morts, comme une autre vie dans l'au-delà
après la fin des temps. Marthe connaît cette théorie, mais cela ne la
console pas tellement de la mort de son frère. Le problème de Marthe, à
ce moment-là, n'est pas la vie future mais plutôt de vivre maintenant
avec le drame qu'est cette séparation. Elle a dû se dire : mais
qu'est-ce qu'a Jésus à me parler de la fin des temps, alors que c'est
aujourd'hui que je souffre, c'est « maintenant » que je dois
faire face, c'est maintenant que mon frère me manque.
Marthe
a bien raison de croire que Jésus est, même maintenant, une source de
vie. Mais elle ne pensait pas que ce qu'il allait lui offrir serait
que ce soit elle qui ressuscite maintenant. Car c'est ça que lui répond
Jésus. C'est à elle qu'il offre la résurrection et la vie en réponse
à sa demande de secours, en réponse à sa détresse.
Jésus lui dit : Je suis la résurrection
et la vie. Celui qui croit en moi vivra, même s'il meurt; et ce qui vit
et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ?
Elle lui dit : Oui, Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils de
Dieu, qui devait venir dans le monde. Ayant ainsi parlé, elle s'en alla.
Puis elle appela secrètement Marie, sa soeur, et lui dit : Le maître est
ici, et il t'appelle.
Là,
le passage à Marthe est clairement visible. D'abord, il s'agit d'une résurrection
permettant de ne jamais plus mourir, et la condition en est de « croire »
or Lazare re-mourra et n'est jamais montré comme croyant... Ici,
c'est bien Marthe qui comprend ce dont parle Jésus et qui dit: « Je
crois ». C'est donc elle qui hérite de la Vie. Et visiblement,
Marthe est transformée. Elle demandait de l'aide à Jésus, elle a été
aidée au-delà de toute espérance, elle arrête de lui demander quoi que
ce soit, mais elle se précipite vers sa soeur pour qu'à son tour elle
puisse en bénéficier.
Qu'est-ce
que Jésus lui a donc apporté ? La Vie. Pas seulement la clé de la
vie future mais il lui a donné la clé de la vie présente, parce que
c'est comme cela que marche la clé du paradis. C'est aujourd'hui qu'il
faut ressusciter pour vivre dès maintenant de cette vie que donne le
Christ, la vie plus forte que la mort.
Jésus dit : Je suis la résurrection
et la vie.
Celui qui croit en moi vivra, même s'il meurt;
et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais.
Crois-tu cela ?
Voilà
le coeur de l'Évangile du Christ. C'est la personne du Christ comme
puissance de résurrection, comme passage à une vie plus forte que la
mort. L'Évangile est aussi dans la liberté que suppose cette question Crois-tu
? c'est-à-dire : Est-ce
que tu me fais confiance ?
Pour
comprendre ce qui nous est proposé ici, on pourrait traduire cette phrase
en l'appliquant à ce qu'incarne le Christ : la Parole de Dieu, la présence
de Dieu auprès de nous pour nous donner la vie. On obtiendrait alors :
Celui
qui espère en Dieu vivra, même s'il meurt;
et celui qui vit en faisant confiance en sa Parole ne mourra jamais.
On
pourrait aussi transposer cette phrase avec le mot amour, puisque, selon
Jean, Dieu est amour et que le Christ est celui qui nous a révélé
l'amour de Dieu :
Celui
qui croit en l'amour vivra, même s'il meurt;
et quiconque vit et croit par l'amour ne mourra jamais. Est-ce que tu es
prêt à essayer cela ?
Ce que
dit le Christ est tout à fait concret. Il ne s'agit pas de théologie
fumeuse ou de simples belles idées pour se rassurer de la fragilité de
notre vie biologique. Ce que propose ici Jésus, nous pouvons le vérifier
tous les jours. Vivre, vivre vraiment, c'est vivre en aimant et en se
laissant transformer par la puissance de l'amour de Dieu donné en Christ.
Chaque mouvement de bienveillance nous ressuscite un peu, chaque regard
tourné vers Dieu nous ouvre un peu plus à la vie qui vient de lui,
chaque frémissement d'espérance en Christ nous transforme un peu plus et
nous fait entrer dans une vie plus forte que la mort.
L'inverse
aussi est très concret. Cette partie de nous-mêmes qui vit d'égoïsme
plus que d'amour, cette partie de nous-mêmes est morte. Cette partie de
nous qui pense être plus libre en tournant le dos à Dieu, cette partie
de nous-mêmes est morte, comme ce qui désespère en nous et lâche
prise. Mais il y a une puissance de résurrection et de vie qui est là, même
si ce n'est pas toujours immédiat. Le Christ ressuscite Marthe ce jour-là.
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E
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La résurrection
est bien un événement à vivre dans ce temps présent, et c'est bien
cette vie spirituelle qui est l'essentiel. Reste alors à savoir pourquoi
Jésus s'est préoccupé de réanimer Lazare ? Qu'importe,
effectivement, sur le plan de la vie éternelle, que le corps de Lazare
soit vivant ou mort. Cela ne change rien à sa vie profonde, ce qui est
vivant reste vivant, ce qui ne l'est pas ne l'est toujours pas. C'est
vrai, que pour Jésus, la vie spirituelle est l'essentiel, mais en réanimant
Lazare il montre que la vie en ce monde a quand même vraiment de
l'importance. Le Christianisme n'est pas le détachement total de la vie
physique. Si Jésus pouvait redonner de la vie physique à Lazare, même
pour un temps, il a voulu le faire. Il y avait des gens qui vivaient, eux,
en ce monde et qui aimaient Lazare : ses soeurs, Jésus et ses autres
amis, ce n'est pas rien. C'est peut-être là aussi une simple et bonne
raison qui pousse Jésus à réanimer Lazare, la compassion pour ses soeurs,
et puis aussi sa propre peine de perdre cet ami, l'envie de manger encore
une fois tous ensemble.
Mais,
comme chaque événement raconté dans l'Évangile, cette réanimation est
le signe d'une réalité spirituelle. L'auteur de l'Évangile le dit lui-même
: tout ce qu'il a écrit doit être compris comme un signe donné pour
nous croyons que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu'en croyant
nous ayons la vie en son nom (Jean 20:30-31). La réanimation de
Lazare a donc pour objectif de nous donner une image de ce que peut et
doit être notre propre résurrection spirituelle.
Marthe ressuscite en faisant confiance en Jésus comme Sauveur,
comme Fils de Dieu, et la réanimation de Lazare a une portée pédagogique,
elle est un message qui nous est adressé. C'est pour nous que Jésus prie
son Père à haute voix, nous dit le texte, pour montrer « que c'est
Dieu qui l'a envoyé », cette personne qu'il appelle son Père.
D'ailleurs, comme Jésus le dit au début : « Cette maladie ne mène
pas à la mort, mais elle est pour la gloire de Dieu, afin que le Fils de
Dieu soit glorifié par elle. » La maladie et la guérison de Lazare
par Jésus sont ainsi comme des signes de notre propre état de mort et de
l'importance ultime du Fils de Dieu pour que nous ressuscitions
maintenant, que nous recevions aujourd'hui cette dimension d'éternité
que Dieu donne à la vie humaine, par amour.
Les
gestes de Jésus n'ont pas pour objectif de faire du spectaculaire pour
les gens, mais ils sont à interpréter comme évoquant une réalité
profonde, celle de la vie que Dieu donne. La réanimation de Lazare est
temporaire, c'est un geste relativement anecdotique pour nous, mais c'est
un geste immense s'il est compris comme disant la résurrection offerte à
l'humanité, résurrection que Marthe va vivre ce jour-là.
Ce
geste est immense car il dit la compassion de Dieu, il dit la force de
l'amitié pour secourir, pour réanimer et même pour offrir la résurrection
à ceux que nous aimons. Ce geste de Jésus montre que Dieu ne se découragera
pas de venir ouvrir les tombeaux de notre égoïsme, de nos manques de foi
ou d'espérance, même si nous y sommes enfermés depuis des jours et des
jours, Dieu ouvre nos tombeaux et nous appelle à en sortir.
Crois-tu cela ? Oui,
Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, celui qui devait
venir dans le monde.
Amen.
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