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A. Histoire de l'Univers.
B. L'Univers et l'Absolu.
C. Origine du temps: création et commencement.
1. Origine et singularité.
Les modèles proposés par Friedmann comme solutions aux équations d'Einstein font quasiment l'unanimité des astrophysiciens depuis longtemps. Comme nous l'avons vu, ce qu'il nous manque encore, c'est de savoir dans lequel des trois cas de figure nous nous trouvons: le modèle elliptique, parabolique ou hyperbolique, la question sera- peut-être résolue un jour, mais pour l'instant elle ne l'est pas, et il est donc trop tôt pour se livrer à des réflexions sur ce que sera l'Univers ou même sur son évolution globale.
En revanche, on peut remarquer que les trois cas possèdent tous un point commun: en remontant dans le passé, on arrive à un point de densité infinie qui est une "singularité" de la courbe; d'autre part, entre ce point et le temps qui est le nôtre, l'Univers est en stricte expansion. Cela veut dire que, pour ce qui nous intéresse, les modèles de Friedmann ne diffèrent vraiment qu'en ce qui concerne le temps à venir.
Cela est très important, car nous avons dans tous les cas une origine pour compter le temps. Nous avons affaire à un événement marquant de l'histoire de l'Univers permettant de servir de référence.
Avec son modèle d'univers infini et éternel, Newton ne pouvait évidemment pas trouver une origine du temps. La mécanique classique en elle-même ne permettait pas non plus d'en trouver, puisque la variable temps n'apparaît pas comme temps absolu dans la formulation mathématique des lois physiques fondamentales: seules interviennent des variations de temps. Il n'y a pas de moment particulier qui puisse servir de référence, et les équations ne dépendent pas du choix d'une origine de temps. Le temps de Newton était donc un temps mathématique pour lequel le choix d'une origine est quelconque, conventionnelle et arbitraire, l'origine absolue étant en fait rejetée à l'infini en arrière, et la mesure du temps n'était qu'une question de différences entre deux instants donnés.
Le Second Principe de la thermodynamique affirmant que tout système isolé ne peut qu'augmenter son entropie, c'est à dire dégrader son énergie, pouvait presque donner une solution en suggérant la possibilité d'une limite supérieure dans le futur (L'Univers ne pouvant dégrader son énergie à l'infini), mais on sait que l'utilisation de ce principe appliqué à l'Univers lui-même est très discutable.
Avec les modèles de Friedmann, on a enfin pu sortir de cette idée d'un passé infini qui posait tant de problèmes aux philosophes (comme par exemple Saint-Bonaventure qui pensait qu'il était impossible de sortir d'un passé infini). Il subsiste cependant une question importante: cette singularité des modèles de Friedmann correspond-elle à une réalité physique, ou n'est-elle due qu'à la modélisation, n'intervenant que dans la formulation mathématique?
Une fois de plus, il n'est pas possible de répondre avec certitude. Cependant, ce qui est certain, c'est que ce point correspond à un état très particulier de l'Univers et à un état tel que nous ne pouvons franchir ce temps limite par continuité dans notre investigation théorique.
Toutefois, l'astrophysicien Penrose a montré en 1965 qu'une singularité réelle pouvait exister lors de l'effondrement d'une étoile en trou noir, et cela tout à fait indépendamment des coordonnées choisies ou de toute les symétries supposées. Or l'état de l'Univers à son origine est très comparable à celui d'un trou noir par la densité considérable qui s'y trouve. Par conséquent, si on remonte suffisamment le temps dans l'histoire des rayons lumineux et des particules, on doit aboutir à une origine, car à un moment donné la densité est suffisante pour créer une singularité (même si elle n'est pas la même partout, comme le suppose la théorie du "big bang"). On aurait donc affaire à une singularité réelle, qui ne serait pas due uniquement à la modélisation ou au système de coordonnées, comme l'est, par exemple, le pôle nord dans le calcul des coordonnées à la surface de la Terre.
Cependant, le théorème de Penrose est une déduction mathématique à partir de certaines hypothèses (par exemple que la gravité soit une attraction, même de la lumière), et ce qui est évident sous nos conditions ne l'est plus nécessairement dans celles, extrêmes, qui précèdent le temps de Planck (10-43s). Or on ne peut être encore absolument certain que l'Univers ne viole aucune de ces hypothèses, et que donc la singularité soit réelle.
De toute façon, cette singularité marque la limite de notre connaissance possible de l'Univers dans la remontée du temps. C'est en fait tout ce que nous pouvons dire. On ne peut pas affirmer, par exemple, que cette singularité soit une origine absolue de l'Univers ou son véritable commencement. On ne peut pas non plus dire si la notion de temps à un sens "avant" cette origine, on quitte simplement notre Univers, et ce qui est accessible à notre intelligence.
Cependant, dans tous les cas une information très précieuse nous est donnée par les modèles de Friedmann: l'Univers qui est le nôtre, et tel que nous le connaissons, a eu un commencement. Peut-être y avait-il quelque chose avant, (si "avant" a un sens, ce que nous ne pouvons dire), mais notre Univers n'est pas éternel dans le passé et évolue à partir d'un point d'origine.