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A. Histoire de l'Univers.
B. L'Univers et l'Absolu.
C. Origine du temps: création et commencement.
1. Origine et singularité.
2. Création et commencement.
Trop souvent, les deux notions de création et de commencement sont confondues. Certains, par exemple, se réjouissent que la science puisse montrer que notre Univers a eu un commencement, pensant que c'est une occasion toute trouvée pour réaffirmer que le monde a été créé par Dieu. D'autres, pour la raison contraire, matérialistes convaincus, font tout pour essayer de mettre sur pied un modèle d'Univers tel qu'il ne comporte pas de commencement.
Cela est tellement peu négligeable qu'on peut penser que parfois, l'opinion scientifique d'un certain nombre d'astrophysiciens repose en partie sur des a priori métaphysiques ou religieux, et que certains mettent tout en oeuvre pour trouver une justification scientifique à leurs convictions personnelles.
Dans le débat portant sur ces questions, contrairement à ce qui était au siècle dernier, le camp le plus défavorisé est nettement celui des athées matérialistes. En effet, l'Univers ou le monde matériel étant pour eux la totalité du réel, ou l'Absolu, il n'est pas pensable qu'il comporte de genèse, de commencement, ni même le moindre devenir. C'est pourquoi il leur faut à tout prix démontrer que l'Univers a toujours existé, et que malgré les apparences il ne comporte aucune évolution profonde.
La pensée marxiste, par exemple, affirme que l'Univers n'a pas de devenir réel, puisqu'il ne fait qu'actualiser un logos immanent, il n'y a pas de transformation profonde, aucun apport de nouveau. Sur ce point, Saint-Thomas avait fait preuve de grande clairvoyance en réaffirmant dans sa "prima via" que "tout ce qui se transforme doit être transformé par un autre". La cybernétique de nos jours, ne dit rien d'autre: toute transformation demande un apport ou une diminution d'information; aucun système ne peut se donner à lui-même une information qu'il n'a pas, un système isolé et éternel ne peut connaître de modification profonde.
Pour essayer de démontrer que l'Univers a toujours existé, certains (mais ils sont rares) remettent en cause l'interprétation du décalage vers le rouge comme éloignement des galaxies, afin de ne pas avoir à admettre la thèse d'un Univers en expansion. D'autres utilisent la possibilité d'un rayon cyclique dans le modèle elliptique de Friedmann, ou essayent de compléter les autres modèles par une courbe symétrique précédant la singularité.

Nous avons vu que cela ne permettait pas d'éliminer toutes les difficultés posées par un univers considéré comme absolu, qui serait pourtant en évolution. Comment comprendre en effet qu'une évolution puisse avoir lieu, si la quantité d'information de l'Univers n'a pour seule tendance que de diminuer, selon le Second Principe? D'autre part, l'Univers devrait garder une certaine quantité d'information au passage des singularités, ce qui est fort difficile à admettre. Comment en effet cette information est elle alors stockée? S'il n'y a que le monde physique matériel pour seule réalité, il est presque impossible de le dire...
Les défenseurs d'une position théiste sont dans une position beaucoup plus confortable, ce qui représente un retournement étonnant de situation par rapport au siècle dernier où c'étaient les chrétiens qui étaient acculés à se justifier, avec des difficultés croissantes, devant une science qui devenait de plus en plus puissante.
Le christianisme, entre autres, enseigne que le monde physique ou matériel n'est pas la totalité de l'être ou du réel. Par conséquent, la matière peut très bien être éternelle comme ne pas l'être; l'Univers, qui n'est pas l'Absolu peut très bien avoir commencé, être en genèse ou en corruption, puisqu'il n'est pas la totalité de l'être.
Pour aller plus loin, certains chrétiens veulent s'emparer d'un éventuel commencement de l'Univers pour démontrer que celui-ci n'épuise pas la totalité du réel. Dans le principe, cette démarche n'est pas illégitime, et il est vrai que s'il était possible de montrer que l'Univers a commencé à partir d'un "rien" matériel, on prouverait qu'il n'est pas seul, et que l'athéisme est impensable.
Malheureusement, l'existence de la singularité à l'origine de notre temps fait qu'on ne peut rien savoir de certain sur ce qui a pu précéder, et il est probable que le débat restera longtemps ouvert. Et ceux qui veulent à tout prix trouver dans l'histoire de l'Univers une "création", la confondent bien souvent avec ce qui est seulement le point de départ des courbes de Friedmann. Il se peut qu'ils aient raison, il se peut que ce commencement soit un point de départ réel, qu'il n'y ait aucune réalité physique avant. Mais ce genre d'affirmation est si facilement critiquable et aisée à contourner qu'il est difficile de l'utiliser comme argument décisif. De plus, affirmer que c'est avec un commencement matériel de l'Univers que doit s'identifier l'idée de création, c'est faire courir un grand risque à cette idée même, puisque l'existence d'un commencement matériel n'est pas encore certaine.
Or, comme l'ont compris très vite les théologiens, la doctrine de la création peut très bien s'accommoder de nombreux cas de figure, et même si le monde est éternel dans le passé, cela n'empêche pas qu'il puisse être l'objet d'une "création", non pas ponctuelle, mais continue. Autrement dit, s'il est vrai que "commencement" entraîne "création", puisque l'Univers ne peut se donner naissance à lui-même à partir de rien, la réciproque n'est pas forcément vraie.
Lorsque la doctrine de la création affirme que le monde a été créé par Dieu, qui existait avant lui, cela peut signifier simplement que l'Univers n'est pas la totalité du réel, qu'il y a quelque réalité qui le dépasse et qui le précède. Mais cette antériorité divine n'est pas forcément temporelle, elle peut aussi être logique ou métaphysique, ce qui est bien plus important.
Cette antériorité pourrait être démontrable par un éventuel commencement de l'Univers; mais, avant d'avoir à ce sujet les certitudes nécessaires, il est certainement préférable d'utiliser l'évolution elle-même, qui se présente comme une création continuée, pour montrer que l'Univers n'est pas une réalité isolée, que le monde matériel ou physique ne peut être la totalité du réel, mais doit dépendre d'une réalité d'un autre ordre qui le précède logiquement ou métaphysiquement.