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A. Histoire de l'Univers.
B. L'Univers et l'Absolu.
C. Origine du temps: création et commencement.
1. Origine et singularité.
2. Création et commencement.
D. Evolution.
E. Entropie.
F. Cybernétique.
La cybernétique, appliquée à l'évolution biologique, est la théorie de l'information appliquée aux processus biologiqueset, en particulier à l'évolution.. Elle montre en particulier que toute transformation d'un système correspond à une variation de la quantité d'information qu'il comprend.
Or si, sur un court intervalle de temps, l'engendrement apparaît comme une simple transmission d'information par le message génétique, à plus grande échelle, l'évolution biologique fait apparaître un apport d'information.
On peut noter d'ailleurs que la transmission du message génétique est un processus qui comporte, plus encore qu'en physique, une part irréductible d'indétermination. Or on sait que c'est précisément cette possibilité de mutation (qui nous apparaît clairement lors de la naissance de tout individu "anormal") qui confère la possibilité d'évolution aux espèces, évolution beaucoup plus rapide que celle de la matière, puisque l'indétermination est plus importante.
Or, ces mutations biologiques, au lieu de se faire au "hasard", c'est à dire avec une probabilité égale dans le sens d'un apport d'information et dans celui d'une désorganisation, se sont faites de telle manière qu'il y a eu complexification croissante. Et s'il est vrai que de nombreuses théories permettent de donner des éléments d'explication du phénomène de la complexification, ni celle de Darwin, ni celle de Lamarck, ni les deux savamment composées ou recomposées ne permettent de rendre compte entièrement du processus de l'évolution. Tout comme le physicien peut "expliquer" chacune des étapes de l'histoire de l'Univers, mais est incapable de rendre compte de la totalité, le biologiste arrive à donner une raison de la disparition d'une espèce ou de l'apparition de tel caractère, mais est incapable de dire vraiment pourquoi et comment à partir de simples protéines puis de cellules vivantes on parvient à une réalité zoologique aussi complexe.
Face, par exemple, à des processus très localisés d'apparition d'organes complexes comme l'oeil, qui demande d'être arrivé quasiment à l'aboutissement de longues évolutions qui finissent par se coordonner pour fonctionner, la plupart des biologistes reconnaissent que ni la sélection naturelle, ni même la transmission de caractères acquis ne permettent vraiment d'en rendre compte.
Nombre de biologistes en viennent donc à admettre l'existence d'une "épigenèse": il existe dans la nature une force ayant elle-même sa direction et échappant à toute réduction des possibles par les causalités. Nous ne faisons que retrouver ici dans le domaine biologique ce que nous avions vu dans l'évolution cosmologique: une tendance à la complexification fonctionnant comme un dynamisme créateur.
Quoi qu'il en soit, cette apparition d'information au sein de l'Univers est une question qu'il faut traiter. Si l'on refuse de considérer comme important le fait que lors de l'évolution il y a croissance, en tout cas locale, de l'information (ce dont on peut prendre conscience surtout en étudiant l'aspect biologique de l'évolution), il faut au moins étudier la question de la quantité d'information globale de l'Univers.
En effet, soutenir la position matérialiste athée qui prétend que l'Univers physique est la totalité de l'être, que rien n'est en dehors de lui, entraîne , comme nous l'avons vu, que cette réalité physique doive posséder les caractères de l'Absolu, c'est à dire l'éternité et l'immuabilité (au moins globale). Cela suppose que l'entropie globale de l'Univers soit constante, et que sa quantité d'information reste la même à tout moment.
Si l'Univers physique est auto-suffisant, alors premièrement sa quantité d'information ne peut augmenter. Cela est une évidence, tant métaphysique que physique: aucun système isolé ne peut se donner à lui-même une information qu'il ne possède pas. Pour cette raison, les tenants d'une position athée doivent affirmer d'une part qu'il n'y a pas d'apparition d'information, mais que celle ci est présente depuis toujours dans l'Univers, et d'autre part que toute apparition locale d'organisation est contrebalancée par ailleurs par une forte croissance de l'entropie pour que celle-ci ne diminue pas dans son ensemble. Cela on peut le supposer.
Mais, d'autre part, il faut aussi que cet univers absolu ait une quantité d'information qui ne décroisse pas. Cela est plus difficile à montrer. Dans le cas où une éventuelle décroissance pourrait rendre nulle sa quantité d'information, on peut considérer que c'est évident: l'absolu ne peut se donner la mort à lui-même ou cesser d'être, ce qui n'a pas de commencement ne peut pas avoir de fin. Mais on pourrait aussi supposer le cas d'une décroissance de l'information qui n'atteigne jamais zéro, soit que cette information soit infinie, soit que la décroissance se fasse d'une façon asymptotique.
La question est alors de savoir si l'Univers absolu peut être soumis à ce que les philosophes appelaient la corruption, et qu'on peut appeler la diminution de son information. On dit traditionnellement que ce n'est pas possible, l'être absolu ne pouvant connaître la corruption. Que cela soit vrai ou non, il est remarquable qu'une prise de position athée aille en général de pair avec une conception de l'Univers comme éternellement semblable à lui-même, sans modification profonde. C'est pourquoi même la plupart des astrophysiciens athées tentent de démontrer soit que l'expansion de l'Univers est une illusion et que donc les modèles de Friedmann sont faux, soit que parmi ces modèles, c'est le cas elliptique qui est le vrai: ainsi il y aurait la possibilité, à travers un rayon cyclique, de sauver l'immuabilité globale de l'Univers.
Cependant, vouloir prouver que l'Univers n'est pas en expansion est une entreprise qui est maintenant quasiment vouée à l'échec puisque le contraire est confirmé de jour en jour; et prendre le prétexte d'un éventuel rayon cyclique pour défendre la possibilité d'une entropie constante au niveau de l'Univers est faire peu de cas de ce qui s'y passe, en tout cas dans le laps de temps que nous connaissons.
Il est même facile de démonter que l'entropie de l'Univers non seulement n'est pas constante, mais augmente ou tout au moins peut augmenter d'une façon non négligeable.
La vie sur la Terre représente une quantité d'information qui se transmet de génération en génération par la reproduction. Si l'on veut absolument que la quantité d'information de l'Univers soit constante, il faut supposer que l'apparition de la vie organisée soit faite au prix d'une certaine quantité d'entropie (ou de désordre) gagnée par l'Univers sous forme de dégradations irréversibles quelconques.
Cependant, la vie sur Terre, si elle représente une quantité d'information et d'organisation non négligeables, est néanmoins fort fragile, et il n'est pas impensable que quelque querelle politique déraisonnable y mette fin, par le moyen de puissantes bombes atomiques. Ce serait une perte d'information considérable pour l'Univers, et qui ne pourrait pas être compensée par ailleurs, ce serait une perte radicale, et la quantité d'information de l'Univers ne serait pas restée constante.
On objectera que ceci est le fait de l'homme, capable de détruire de l'information, et éventuellement d'en créer, et non pas d'un phénomène naturel de l'Univers. Mais il ne faut pas oublier que l'homme n'est pas étranger à l'Univers, ce n'est pas un locataire, un habitant ou un observateur. Il fait partie de l'Univers, plus qu'un produit il en est un véritable constituant, au même titre que le Soleil, que la grande Ourse ou que la galaxie d'Andromède.
Dans le cas que nous avons imaginé, c'est donc de l'Univers lui-même qu'il s'agit, capable de détruire lui-même par l'homme une partie de son information.
Cet exemple prouve une chose: c'est qu'il n'est pas possible de soutenir que la quantité d'information doive être constante dans l'Univers. Elle varie, soit qu'elle augmente sous l'influence de quelque dynamisme créateur, soit qu'elle diminue globalement à cause d'une tendance physique décrite par le Second Principe. L'Univers n'est pas sans cesse le même, il change, il évolue, il peut perdre de l'information et sans doute aussi en gagner, bref, il est soumis à l'histoire.
Et le penseur qui veut affirmer que l'Univers est l'Absolu doit éprouver de grandes difficultés au moment d'expliquer comment l'Etre absolu peut connaître la corruption ou la diminution de son information, comment cela peut se faire sans que cela implique qu'il ait une fin et ne soit pas éternel, et comment il peut être soumis à l'histoire tout en restant l'Absolu.
La cybernétique fait surgir encore bien d'autres difficultés pour un système matérialiste athée: si on admet les modèles de Friedmann, comme il semble raisonnable de le faire, pour avoir néanmoins un univers éternel, il faut soit supposer qu'on est dans le cas d'un rayon cyclique, soit, si on est dans les autres cas, supposer qu'une courbe symétrique à celle que nous connaissons doit exister avant la singularité to.
Cela est d'ailleurs une hypothèse purement gratuite, car nous n'avons aucun moyen de savoir ce qui s'est passé avant la singularité. Mais, dans tous les cas, il y a un passage obligé par au moins un point de singularité. Et si on suppose que l'Univers physique est la totalité du réel, il faut que toute l'information que nous voyons actualisée aujourd'hui au stade où en est l'évolution tant cosmique que biologique, et même spirituelle, ne soit que le dévoilement d'une information présente depuis toujours à l'état latent dans la matière. C'est ce qu'enseignaient Marx, Engels, et Bakounine.
La première difficulté est qu'on ne conçoit pas, physiquement, la manière dont cette information intrinsèque serait stockée dans la matière; donc, ne serait ce que pour imaginer un tel phénomène, il faut admettre qu'il se trouve en dehors du domaine matériel ou physique.
D'autre part, si cette information est contenue dans la matière, que devient-elle lors du passage à un point de singularité où l'Univers a un rayon nul et où il n'y a précisément pas de continuité physique, et en tout cas pas de matière? Si, comme on le pense maintenant, la singularité est réelle et pas seulement formelle, alors elle a une signification physique et ne fait pas qu'intervenir dans les équations; c'est une discontinuité due à l'Univers lui-même et non à notre modélisation, et s'il n'y a pas de continuité physique dans le passage par le point de singularité, la conservation d'une information uniquement contenue dans la matière lors de ce passage est fort peu évidente.
Le Christianisme, lui, affirme que cette information créatrice n'est pas de l'ordre du physique, de la matière ou des choses. Et nous retrouvons là le concept de "Parole de Dieu", car c'est ainsi que les théologiens de l'ancien Testament apellent cette source d'information, et tout lecteur des écritures hébraïques sait que la parole de Dieu, c'est Dieu lui-même qui se communique aux hommes ou au monde pour l'informer et le créer. Tout cela, débarrassé des développements parfois confus que les siècles ont amassés est parfaitement simple: cela veut dire que le monde physique n'est pas la totalité du réel, qu'il ne suffit pas à s'expliquer lui-même, et qu'il y a une autre réalité, qui est d'un ordre différent qui informe et oriente la première.
Nous sommes en face d'un retournement radical de la situation. Ce n'est plus, comme au XIXe siècle, le chrétien qui est appelé à se justifier devant une science envahissante et réduisant progressivement le domaine religieux, c'est maintenant le penseur athée qui se trouve devant la difficulté croissante d'avoir à défendre sa position, contre un consensus scientifique qui se forme de plus en plus à l'encontre de ce qu'il aimerait voir défendre.