l'Église Réformée de l'Étoile à Paris

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Dieu et la science

(Thèse de philosophie soutenue par Louis Pernot à la Sorbone en 1994)

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I Introduction

II L'Univers et l'homme

III. Univers et Evolution.

IV. Le temps créateur

A. Indéterminisme de l'Univers

B. Histoire et causalité dans l'Univers.


L'histoire de l'Univers et de toute l'évolution, depuis l'explosion initiale jusqu'à l'apparition de l'homme peut être considérée comme une succession de processus physiques.
Il est vrai que l'on répugne parfois à parler d"'histoire" pour ce qui concerne un univers matériel, et cette répugnance est significative des conceptions communes, relatives aux processus physiques et à l'histoire, qui ont tendance à sous-tendre l'ensemble de nos réflexions sur la réalité. Il semble, que cette répugnance trouve son origine dans l'incompatibilité entre une conception de l'histoire comme étant le domaine de la liberté, et une conception de la physique comme étant celui des processus déterminés.
Or, si la première est juste, la seconde est, comme nous l'avons vu fausse: la physique n'est pas le domaine du déterminé, et nous devons penser même une part de "liberté" dans ses processus. (Il s'agit en fait d'indétermination, d'un domaine qui est "libre" par rapport à des contraintes d'ordre physique, mais cela n'est pas de même nature que la "liberté" humaine, puisqu'il n'y a pas de libre arbitre)..
Par ailleurs, il faut remarquer que l'opinion commune, sur ce point n'est pas entièrement cohérente: tout en voulant conserver l'existence d'une liberté, d'une indétermination, ou d'une contingence dans l'histoire (surtout humaine), en parlant de ce qui est arrivé et qui aurait pu ne pas arriver, on utilise communément le même mot d'histoire pour parler de l'évolution de l'Univers. Or, la plupart de ceux qui font cette association, pensent en même temps que dans toute la période qui a précédé l'apparition de la vie, l'"histoire" de l'Univers n'était qu'une série de processus physiques, et n'était donc pas une "histoire" au sens humain du terme.
Mais en utilisant pour ces deux réalités le même mot d'histoire, l'habitude commune a fait un rapprochement qui n'est peut-être pas volontaire, mais qui est très important.
Par cet usage en effet, on pressent qu'il n'y a, en un sens, une continuité entre l'histoire de l'homme et l'histoire de l'Univers. Ce qui arrive dans le monde, par les actes des hommes, n'est que la suite et la continuation des événements intervenant dans l'évolution de l'Univers. (Il ne faut en effet pas oublier que l'homme étant une parcelle d'Univers, tout ce qu'il fait, c'est l'Univers lui-même qui le fait. Une fois de plus, l'habitude qui consiste à dire que ce qui a été fait par l'homme n'est pas "naturel", est une absurdité qui provient d'une volonté de séparer l'homme de l'Univers et de la nature, alors qu'il est lui-même un élément de cette nature au même titre que les abeilles, les arbres, les planètes, les étoiles et les galaxies).
Tant que l'évolution des espèces ou plus généralement celle de l'Univers n'avait pas été découverte, le terme d'histoire était réservé à l'histoire des hommes, et même si bien réservée que l'"histoire" des hommes avant qu'ils ne soient suffisamment des hommes pour pouvoir l'écrire a été appelée pré-histoire.
L'extension du concept d'histoire à tout ce qui relève de l'évolution est un acte sur lequel il convient de méditer.
Le fait que l'on puisse appliquer à l'ensemble de l'Univers un concept qui, au départ, est réservé à l'homme, montre que, en un sens, l'Univers a certaines particularités qui peuvent permettre qu'on le rapprocher de l'homme. L'utilisation du terme d'histoire pour l'Univers, (comme pour les espèces), est venue de la découverte de l'évolution, c'est à dire qu'il n'a pas été toujours le même. L'historicité est donc le contraire de l'identité. L'Univers a une histoire parce qu'il est le lieu d'un changement; changement véritable, qui n'est pas le simple déroulement d'une nécessité, où un état ultérieur ne comporterait rien de plus qu'un précédent et pourrait en être déduit simplement.
L'historicité suppose que le cours des choses qui est celui de l'histoire aurait pu être différent. Cela, à son tour suppose que dans le cas de l'évolution, celle-ci ait été face à des possibilités diverses, à des indéterminations, la réduction de ces indéterminations donnant lieu à l'histoire.
S'il n'en était pas ainsi, l'histoire ne serait pas véritablement une histoire, mais une déduction, une suite logique et nécessaire, une répétition du même. Pour que l'histoire ne soit pas seulement répétition du même, il faut que ce qui suit ne puisse être déduit de ce qui précède. Cela suppose, soit l'apport de nouveauté (car la nouveauté est, par définition impossible à trouver dans ce qui précède), soit la présence d'une indétermination. Mais dans ce cas, le choix, fût-il au "hasard" est un apport de nouveauté parce que si l'on voulait refaire le chemin de l'histoire, il faudrait avoir l'information supplémentaire du choix effectué dans chacune des situations d'indétermination.
Quoi qu'il en soit, nous savons maintenant qu'il en est bien ainsi de l'Univers dès son commencement, et que son évolution mérite bien plus d'être appelée une histoire que ne pouvaient le supposer les savants du XIXe siècle. Il y a même un lien extrêmement étroit entre l'histoire de l'Univers matériel et l'histoire de l'homme: c'est l'indétermination. (Même s'il est vrai que l'homme est moins déterminé physiquement que tout les autres éléments de la nature, le propre de l'homme ne serait pas tant cette indétermination physique, que sa possibilité de choix conscient dans la réduction de ces indéterminations, c'est à dire la responsabilité, ou le libre-arbire dans certaines libertés).
Nous avons vu que le non-déterminisme de l'Univers conduisait à ce qu'il est possible d'appeler une "liberté" dans le monde physique ("liberté" dans le sens purement physique, comme l'on parle des "degrés de liberté" d'un système mécanique, ne considérant nullement l'idée de "libre arbitre"). Et cette "liberté" pour l'homme, entendue comme la diversité de ses possibilités d'actions, n'est rien d'autre que l'expression exaltée de cette même "liberté" naturelle. L'homme a, certainement une bien plus grande "liberté" que la matière inerte, mais la nouveauté essentielle d'un point de vue cosmique, serait plutôt que la matière n'est pas capable d'utiliser cette "liberté" en opérant d'elle-même un choix, alors que, avec l'homme (et peut-être dans une certaine mesure avec la vie en général), l'Univers devient capable d'orienter lui-même le choix dans sa "liberté".
Dans le monde physique matériel, l'indétermination est réelle, c'est à dire que rien de physique ne peut orienter la façon dont se réduit cette "liberté" en faveur de l'une ou de l'autre possibilité. Les athées devront dire que la réduction de chaque "liberté" se fait au pur hasard, c'est à dire sans orientation particulière. Celui qui étudie l'évolution voit immédiatement qu'elle est, bien au contraire, orientée; que des caractères nouveaux apparaissent dans l'Univers, qui n'y étaient pas avant, cela étant impossible dans un univers physique qui serait seulement dépendant de lui-même. Il doit donc admettre qu'il existe dans l'Univers une poussée créatrice qui n'est pas d'ordre matériel. Et cette poussée, cette force, peut intervenir dans l'Univers uniquement dans ce qui n'est pas déterminé physiquement, c'est à dire dans les indéterminations qui laissent un certain degré de liberté.
Le monde physique n'est donc pas entièrement déterminé, et son histoire est une véritable histoire, et non pas une suite en chaîne de causalités donnant naissance à une évolution nécessaire entièrement déterminée par des lois.
La causalité physique existe, et des lois régissent les transformations, cela est bien entendu; mais nous savons que cela ne suffit pas à rendre compte du cours de l'évolution et à le déterminer. L'histoire, même du cosmos, n'est donc pas comme un rouleau qui se déroulerait, où tout serait déjà contenu dans le commencement, ainsi que le pensait Leibniz.
Au contraire, le fait même de l'existence de "liberté" dans les processus naturels implique qu'aucun état ne peut être absolument "déduit" d'un précédent, même idéalement (c'est à dire en supposant une science parfaite de tous les paramètres et des lois naturelles). L'histoire est imprévisible par excellence, et cela tant pour l'Univers que pour l'homme, de l'explosion initiale jusqu'à nos jours.
L'histoire est faite d'événements qui ont une importance propre dans le cours des choses, puisqu'ils ne sont pas seulement l'aboutissement inéluctable d'une série causale. Si c'était le cas, ce ne seraient pas des événements au sens propre du terme de "ce qui arrive", ce qui surgit, avec le caractère d'imprévisibilité et de nouveauté que cela suppose.
L'étude de l'histoire humaine ou cosmique est d'autant plus intéressante qu'elle est faite d'une succession d'événements, et pour chacun, le passé ne contient pas toutes les données qui permettraient de déduire cet événement. On peut chercher à connaître le passé d'un fait ou d'un événement pour mieux le comprendre, mais la connaissance de ce passé ne suffit jamais à connaître totalement l'événement en question.
Cela est une évidence pour tout historien. S'il n'en était pas ainsi, il suffirait d'étudier ou de connaître une seule période pour pouvoir en déduire toutes les autres et les connaître. Notre expérience commune nous apprend quotidiennement que c'est là une chose impossible: la connaissance de l'homme des cavernes, ou même du Moyen Age, ne peut pas permettre d'en déduire tout ce qui s'est passé pendant la révolution de 1789, ou quel président de la république a été élu en France en 1981.
Mais ce n'est pas seulement le sens commun qui nous enseigne que les événements ne se suivent pas d'une façon inéluctable. On pourrait en effet supposer que cette impossibilité de "déduire" un événement d'un état antérieur ne vient que d'un manque de connaissance de cet état de notre part. Ce n'est pas seulement le "bon sens" ou le sens commun qui s'oppose à cette objection, car il s'agit là d'une question purement scientifique qui a été réglée il y a peu de temps en écartant le déterminisme. Par conséquent, nous savons que le caractère d'imprévisibilité et l'apparition de nouveauté que nous observons dans l'histoire ne sont pas une illusion provenant de lacunes dans nos connaissances, ou d'une impossibilité d'épuiser la connaissance d'un état, mais sont réellement les caractéristiques de l'histoire et de l'évolution.
Avec l'homme, l'Univers physique (dont ce premier est une partie), devient capable d'utiliser lui-même sa "liberté" interne dans un sens ou dans un autre. Notre expérience propre nous montre que même si nous restons en partie déterminés pour certaines raisons, il y a néanmoins des choix réels que doit assumer l'homme, et l'on ne peut pas attribuer au pur hasard le fait que nous choisissions une solution plutôt qu'une autre.
Par conséquent, si l'on veut maintenir l'hypothèse que c'est le pur hasard qui préside aux choix laissés par les "libertés" de la nature, le phénomène de l'apparition de la vie et de la conscience devient tellement extraordinaire qu'il n'est plus possible d'en rendre compte: Comment expliquer l'irruption dans l'Univers matériel (qui dans ce cas est seul, et représente la totalité du réel) de la capacité de choix et d'orientation, alors que celle-ci est supposée totalement absente auparavant?. C'est non seulement une grande difficulté du système de pensée radicalement athée, mais c'est même une absurdité métaphysique.
Dans le système que nous pensons devoir découler logiquement de l'étude de l'évolution de l'Univers, il n'y a pas d'apparition ex nihilo de la capacité de choix dans l'Univers, puisque dès le commencement l'Univers est orienté dans ses choix. Le seul fait qui est un événement fondamental pour l'Univers matériel, est que la possibilité de choix, qui lui était extérieure, avec l'homme s'intègre et s'unit à l'Univers lui-même.
Arrivés à ce point de l'analyse, il apparaît même que cela pourrait être mis en rapport avec l'enseignement traditionnel de la théologie chrétienne.
Celui-ci dit en effet que l'homme a quelque chose divin, ou que Dieu l'a fait à son image. Cela peut être compris dans le sens où l'homme a lui-même la possibilité de choisir, alors que le choix était dans le monde matériel le propre de l'action divine, orientant le hasard, et les probabilités physiques. L'homme est donc une parcelle d'Univers à laquelle est attribuée un pouvoir divin (ou qui y accède).
Mais, en accédant à ce pouvoir, l'homme acquiert aussi la possibilité de l'utiliser dans un sens ou dans l'autre, c'est à dire dans le sens que l'évolution a suivi jusque là, et qui était celui de la création, ou dans le sens contraire qui est celui de la destruction. Le premier est divin, et le second démonique.
La divinité de l'homme est donc naturellement une divinité de pouvoir, mais non pas nécessairement d'action. Un pouvoir divin peut mener à une action démonique, et c'est pourquoi, bien que l'homme soit divin, il est appelé à réaliser, selon la théologie chrétienne traditionnelle, une union avec Dieu. Cela signifie symboliquement que l'homme utilise son pouvoir divin dans le sens de l'action divine, c'est à dire dans le sens de toute l'évolution créatrice qui a eu lieu sous l'influence d'un principe créateur et évolutif qui n'est rien d'autre que Dieu lui-même.
Mais l'action de l'homme, si elle présente le risque de la démonisation, jouit aussi de la possibilité d'avoir une action infiniment plus efficace et plus rapide, localement, que celle de Dieu agissant directement sur la nature. L'homme parfaitement uni à Dieu serait donc l'homme qui utiliserait volontairement toute sa liberté et son pouvoir d'agir dans le sens de la création, et qui dirigerait sa vie comme si elle l'était par Dieu lui-même, en tant que principe créateur, devenant ainsi comme un amplificateur local de son action.
C'est là que s'ouvre le domaine de la théologie: le discernement de ce sens de la création et de l'action à effectuer par l'homme pour être facteur de la "nouvelle création". La théologie se doit donc de parler de Dieu, ce qui est une évidence étymologique, mais qui ne transparaît malheureusement pas toujours dans le langage des théologiens. Elle doit parler de Dieu, en tout cas en tant qu'il est créateur, principe de la création, puisque nous sommes appelés nous-mêmes à adhérer à cette création et à choisir ce principe créateur comme le principe directeur de notre existence.
Il est par ailleurs certain qu'il existe toute une dimension émotionnelle de la religion que notre point de vue n'atteint pas directement, mais il n'empêche que la Bible elle-même commence par présenter Dieu comme créateur, et que l'idée de "nouvelle création" est un thème central du Nouveau Testament. Quant à la dimension relationnelle de Dieu, c'est à la théologie de l'étudier, et non à la métaphysique.


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