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A. Finalité et direction.
B. L'homme et le but de l'Univers.
Nous avons considéré l'homme comme étant l'aboutissement, en tout cas provisoire, de la création. Cela demande à être justifié. Comment pourrions nous en effet dire, avec la vue si réduite que nous avons de l'Univers, que nous sommes le sommet de la création? On peut toujours imaginer qu'il y ait, en quelque autre lieu, des formes d'évolutions qui soient supérieures à celle que nous représentons.
La plupart des grandes religions présentent l'homme comme le sommet de la création, et pour le christianisme en particulier, il est clair qu'il en est ainsi.
Scientifiquement, il est impossible de se prononcer sur ce point. L'homme est issu d'un processus de complexification qui est représentatif d'une tendance générale de l'Univers, et on ne peut pas dire si ce processus n'a pas donné naissance ailleurs que sur Terre à une autre forme extrêmement complexe.
De toute façon, nous sommes naturellement incapables d'avancer très loin dans cette réflexion, ne serait-ce que du fait de notre incapacité à imaginer véritablement une forme de complexification extrême qui soit différente de la notre.
En effet, comme nous l'avons déja vu, nos connaissances tendent à nous faire penser que c'est la chimie à base de carbone qui offre le plus de possibilités de complexification. Sur ce point, on peut penser qu'il en est vraiment ainsi, et que ce n'est pas notre imagination qui est prise en défaut. Nous pouvons raisonnablement penser que nous connaissons tous les éléments chimiques qui existent dans l'Univers, et avec chacun d'eux des expériences ont été faites depuis des années et des années dans toutes les conditions de température et de pression possibles, reproduites sur Terre. S'il y a donc dans l'Univers une autre forme de complexification poussée, elle est forcément de nature organique.
Cependant, nous avons vu aussi que plus on veut prolonger cette réflexion, plus il devient difficile de savoir quelles seraient alors les formes de complexifications possibles, même en restant dans le cadre relativement réduit de la chimie organique. A nous, humains, il semble qu'une complexification avancée ne peut passer que par la vie, et ensuite par l'apparition de la conscience. Cela est peut-être vrai, et nous n'avons de fait jamais constaté aucune autre forme de complexification d'un niveau comparable, que ce soit sur Terre, ou même sur les autres planètes qui nous donnent des échantillons assez variés de conditions de température et de pression.
Mais le fait que nous n'ayons jamais observé d'autres formes d'évolution que par la vie organique et que nous ne puissions en imaginer une autre, ne prouve pas véritablement que ce soit la seule. Non seulement il est impossible de "déduire" la vie et le psychisme à partir des quelques molécules organiques de base, mais en supposant que nous n'ayons eu aucune connaissance de ce qu'elle est en fait, nous aurions été incapables d'imaginer ou d'inventer la vie à partir des éléments qui la composent, tant elle en est une organisation infiniment complexe.
Par conséquent, il n'est pas exclu qu'il puisse exister une autre forme de complexification à partir du carbone que nous soyons incapables d'imaginer; même si cela est assez improbable, il n'est pas possible d'affirmer avec une absolue certitude le contraire.
Cette question est néanmoins assez secondaire pour notre réflexion. Nous constatons simplement que pour l'instant, dans notre champ d'investigation, l'homme est une des formes les plus développées de l'évolution, et même certainement la forme la plus complexe. S'il n'est donc pas le sommet de l'évolution de l'Univers tout entier, il en est en tout cas certainement un sommet, et donc un élément très particulier et riche en information pour celui qui s'intéresse à l'Univers.
De tout ce que nous pouvons observer de l'évolution, l'homme en est le fruit le plus complexe. Il est donc légitime d'étudier comment elle a pu y aboutir. Peut-être a-t-elle conduit ailleurs à autre chose... mais puisque nous ne pouvons avoir aucune information sur ce très éventuel "autre chose", il ne peut pas intervenir dans notre étude de l'Univers. Si un jour nous découvrions un autre sommet ou aboutissement de l'évolution, il serait alors extrêmement intéressant de l'étudier, mais pour l'instant, ce que nous représentons est le mieux pour essayer de savoir jusqu'où peut mener l'évolution.
Par conséquent, l'intérêt que nous portons à l'homme ne suppose pas qu'il soit le sommet absolu de l'évolution, et ne suppose pas forcément non plus qu'il ne le soit pas.
Peut être l'Univers a-t-il plusieurs "buts", dans le sens où nous disons que l'homme est le (ou un) but de la création. Mais quoi qu'il en soit, étant donné que nous sommes nous-mêmes hommes, il est évident que la part de l'évolution dont nous sommes issus a pour nous une importance fondamentale, d'autant plus que celle-ci n'est pas terminée, et qu'il semble que nous pouvons ou devons y prendre maintenant une part active.
Le fait que l'homme nous apparaisse comme central dans l'évolution, (du simple fait que ce ne peut être qu'à partir d'un point de vue d'homme que nous observons toute chose), peut être comparé à la position qui est donnée à la Terre dans l'Univers. Après l'avoir retirée du centre des modèles d'Univers, les scientifiques ont dû, par un second effort intellectuel considérable, en retirer aussi le Soleil. De nos jours, nous savons qu'il est vrai que ni la Terre ni le Soleil ne sont à proprement parler au centre de l'Univers; mais cela pour une raison que l'on ne pouvait pas imaginer il y a quelques siècles: celle-ci étant tout simplement que l'Univers n'a pas de centre. Il est uniformément étendu dans toutes les directions, et tous ses points sont géométriquement équivalents, aucun n'est plus le centre qu'un autre, et tout point peut être considéré comme centre. De nos jours, les astronomes savent que, dans l'observation, l'Univers se montre à nous comme si nous en étions le centre (il en serait d'ailleurs de même de n'importe quelle étoile), simplement parce que l'Univers n'a pas un seul centre et que nos observations s'étendent à une même distance de la Terre dans toutes les directions, on se trouve donc au centre de ce qu'on peut observer de l'Univers.
Autrement dit, sans doute la Terre n'a-t-elle en elle-même aucune position privilégiée dans l'Univers; mais pour nous elle en a une, pour la seule raison que c'est à partir d'elle que nous voyons toute chose.
Il en va de même concernant l'homme, même si l'on suppose qu'il n'est pas actuellement le sommet absolu de la création, le fait que nous soyons des hommes, nous oblige à avoir sur l'Univers et son évolution un point de vue d'homme, et puisque nous en sommes issus, la façon dont l'évolution nous a donné naissance a évidemment un grand intérêt pour nous.
Par ailleurs, il est préférable de parler de l'homme comme but de la création plutôt que comme finalité. En effet, le fait qu'un processus conduise à un but, n'entraîne pas forcément l'existence d'une intention, ou d'une prévision quelconque d'arrivée à ce but, tandis que le terme de finalité suppose au contraire qu'il existe en une idée préalable à son apparition. Un but peut très bien ne pas être une finalité, le but est un point d'arrivée que l'on peut atteindre sans le vouloir.
Tout ce que l'on peut dire donc, c'est que si l'homme est un but de la création, il n'est pas forcément le but unique, et que, d'autre part, il n'est pas, tout au moins dans son état actuel, le but ultime de la création; il en est plutôt un point de passage, puisque l'évolution n'a pas terminé son oeuvre (fort heureusement d'ailleurs).
Par conséquent, s'il existe un but ou une finalité ultimes de la création, ce n'est pas l'homme tel que nous le connaissons qui le représente, mais éventuellement un état supérieur auquel il peut conduire.