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A. Finalité et direction.
B. L'homme et le but de l'Univers.
C. Finalité ultime de la création.
L'étude de l'évolution en général a pour base objective ce qui nous est accessible scientifiquement, c'est à dire tout ce qu'elle comprend depuis l'origine jusqu'à l'homme d'aujourd'hui.
Il ne faut évidemment pas penser que l'évolution ne serait que cela, en faisant de l'homme tel que nous le connaissons le stade ultime de l'évolution. Celle-ci ne s'arrête pas avec l'apparition de l'homme, et c'est dans un sens très précis et limité que celui qui étudie l'évolution parle de l'homme comme "finalité" de l'Univers.
Nous avons vu en effet, que puisque l'histoire de l'Univers passe par l'apparition de l'homme, on peut le considérer comme un but, cela ne voulant pas dire qu'il soit lui-même le but ultime de l'évolution. L'homme tel que nous le connaissons est sans doute une étape, un point de passage de l'évolution, il n'y a aucune raison pour qu'elle s'arrête là.
La véritable finalité de la création, c'est ce vers quoi tend cette évolution constante, c'est la forme la plus élaborée vers laquelle pourrait arriver la complexification de l'Univers dans certaines de ses parties.
On peut d'ailleurs penser que cette forme ne sera jamais vraiment atteinte, soit parce que l'évolution n'en aurait pas le temps, soit parce qu'on aurait là une limite idéale inatteignable. De plus, pour que ce but puisse dit être atteint, il faudrait qu'il le soit avec une certaine constance dans le temps, et pas seulement accidentellement à un moment donné pour disparaître aussitôt. Le but de la création doit donc être l'apparition d'une réalité nouvelle qui soit un véritable caractère de l'Univers, même s'il est local.
Il n'est pas possible de dire si l'homme réalisera sur Terre effectivement un jour ce but. L'élément essentiel qui nous manque pour répondre à cette question, c'est précisément la connaissance de ce but.
Ce que nous savons, en revanche, c'est que l'homme est en mesure d'évoluer encore, et d'une façon considérable, grâce à son intelligence et à sa capacité d'auto-détermination; il a, par là, un pouvoir donnant une possibilité de transformation que ne possède à un tel niveau aucun élément connu de l'Univers.
Et puisque l'homme peut évoluer encore, par lui l'évolution peut ou pourrait aller jusqu'à un certain état représentant le maximum de possibilité d'évolution par sa branche humaine. Cet état est en quelque sorte le but de l'évolution de l'homme. Peut être est-il aussi celui de l'Univers en général? On peut le penser, ou ne pas le penser, mais de toute façon, cela ne change pas grand chose, c'est le but qui nous intéresse nous, en tant qu'homme, et c'est celui-là dont la connaissance est capitale pour nous. Ce but de l'évolution de l'homme n'est sans doute d'ailleurs pas insignifiante pour l'ensemble de l'Univers, car même s'il n'est pas le but ultime de la création, il en est certainement une étape importante.
Le Christianisme, quant à lui, enseigne que la finalité de l'Univers est la même que celle de l'homme. On peut le supposer; de toute façon, du point de vue de l'homme, tout se passe comme s'il en était ainsi.
Ce but de l'homme, on peut le considérer comme étant l'homme véritable, dont nous devrions nous considérer alors comme des ébauches, comme des pré-hominiens non encore vraiment dignes d'être appelés des "hommes".
Cette façon de parler est celle de bien des gens lorsqu'ils parlent de l'homme comme finalité de la création, et cela va aussi dans le sens du langage biblique lorsqu'il parle du "fils de l'homme".
La réflexion sur ce but est fondamentale. L'homme ne subit pas passivement l'évolution comme le reste du cosmos; il peut, la refuser, ou y prendre une part active. Cela est dû à l'apparition en lui de la conscience réfléchie et à une certaine capacité d'auto-détermination, qu'il est, nous semble-t-il, le seul à posséder dans l'Univers. Par là, l'homme a une place très particulière dans l'Univers, puisqu'il en est un élément qui a le pouvoir d'assumer une part importante de son évolution.
Dans cette situation, l'homme a trois possibilités: soit refuser la création, et se diriger volontairement dans le sens inverse, en régressant lui-même et en détruisant l'oeuvre de la création; soit ne pas utiliser son intelligence et se contenter de ce qu'il est naturellement; soit enfin agir volontairement sur lui et son entourage pour travailler dans le sens de l'évolution (ou qu'il croit être de l'évolution).
Le premier cas est l'inévitable contrepartie négative de sa capacité créatrice. A voir d'ailleurs à quel point l'homme est capable d'être un facteur de destruction et de régression dans l'ordre de l'évolution, on peut se rendre compte combien son pouvoir est grand, et cela est une preuve (dont on aimerait se passer) que ses capacités créatrices sont très importantes.
Dans le deuxième cas, l'homme se remet au niveau des autres éléments de l'Univers qui sont d'ordre biologique. Il y a alors une évolution possible, mais qui est seulement celle du règne biologique, c'est à dire dont les effets se voient sur une échelle de temps de l'ordre du million d'années. Autrement dit, ce cas correspond à la non utilisation d'une capacité créatrice qui est cent ou mille fois plus rapide que l'autre.
Le troisième cas représente le relais de l'évolution biologique par une autre forme d'évolution, évolution qui peut être infiniment plus rapide que celle des espèces par la mutation biologique, et donc a fortiori que celle de la matière elle-même. Mais elle a le désavantage de ne pas se faire automatiquement, et de nécessiter l'assentiment de la partie d'Univers concernée qu'est l'homme.
C'est pourquoi il est pour lui fondamental de savoir vers où il doit aller, dans quelle direction et dans quel but. L'action de chaque homme dépend en partie de lui, de ce qu'il veut faire; c'est lui qui peut choisir d'agir dans le sens de la création ou non, dans la mesure de ses possibilités qui sont loin d'être négligeables. Mais cela demande évidemment deux choses: d'abord qu'il sache dans quelle direction orienter son action et son existence, ensuite qu'il veuille bien le faire.
La libre décision dans le choix n'appartient qu'à l'individu. Tout conditionnement ne le fait que régresser vers des états inférieurs (parce qu'antérieurs) de la création. L'histoire de l'évolution se montre comme un progrès constant dans le sens de la liberté à partir de l'indétermination. Très brièvement, on peut dire que l'animal est plus libre que la plante, et l'homme plus libre que l'animal... Si l'évolution se prolonge, on peut donc penser que l'homme doit accéder à une liberté croissante, puisque c'est une caractéristique qui le distingue des états antérieurs de l'évolution; et si l'homme est appelé à évoluer, c'est librement, avec son libre consentement. Il n'y a pas lieu de se demander ici pourquoi il en est ainsi, c'est comme ça, c'est ce que l'on peut constater et déduire de l'observation de l'évolution.
La liberté de chaque individu étant donc considérée comme bonne et lui étant réservée, il n'est pas question de le contraindre à agir, même si c'est dans le sens de la création. Par conséquent, ce dont l'homme a besoin pour pouvoir progresser dans son évolution, c'est d'information, c'est de la connaissance d'un but, de la direction de l'évolution dont il peut lui-même être l'acteur, s'il le veut bien.
La connaissance de ce but peut se faire partiellement, à partir de l'étude de l'évolution, puisqu'on peut en déduire grossièrement la direction qu'elle possède, et donc par extrapolation, avoir certaines connaissances sur ce que devrait être, ou ne pas être la suite de cette évolution.
Cependant, de cette façon, on ne peut arriver qu'à une connaissance très limitée, parce que l'évolution étant une complexification, elle correspond nécessairement à un apport d'information; par nature il n'est donc pas possible de trouver dans le passé cette information qui n'y est pas encore.
En laissant provisoirement de côté la question de l'origine possible de cette nouvelle information créatrice, on peut préciser la façon dont elle peut être présente chez l'homme et se transmettre.
Dans le règne biologique, l'information est stockée dans le code génétique. Par là se trouve comme résumé tout ce qui caractérise un animal. Cette information, unie avec celle d'un partenaire est transmise à l'embryon lors de la procréation. Celui-ci ira alors à son tour à maturité, en suivant l'information présente dans ses gènes.
La reproduction du message génétique se fait avec une certaine fidélité, mais fidélité non absolue, qui laisse toujours la possibilité d'une légère modification. Cette modification du message, cette erreur dans la transmission, nous l'appelons ordinairement "malformation" si elle est négative, et "mutation" autrement.
On retrouve d'ailleurs là une expression du non déterminisme de la nature que l'on découvre en microphysique, et qui est lui-même la condition de possibilité d'une évolution créatrice.
C'est donc (en partie en tout cas) cette possibilité de mutation dans la reproduction qui a permis la modification lente et progressive de certains messages génétiques, conduisant à une complexification suffisante pour permettre l'apparition de la conscience.
Par conséquent, dans l'évolution biologique, c'est au niveau des gênes que l'information apparaît, qu'elle est stockée et qu'elle est transmise.
Dans le nouveau régime d'évolution dont la possibilité apparaît pour l'homme, nous avons vu que celle-ci peut se faire grâce à sa conscience réfléchie et à son intelligence. S'il y a une information créatrice dans ce nouveau régime, ce n'est plus au niveau des gênes qu'elle peut être, mais véritablement à celui du savoir. L'homme peut progresser avant tout s'il sait vers où aller, et ensuite s'il le veut bien. Le nouveau message créateur, l'information nouvelle doit être transmise à l'intelligence.
Il reste donc à connaître le contenu de ce message, et là est un des rôles de la théologie, puisqu'elle est science de Dieu, et donc de l'information créatrice par excellence. La théologie étant une réflexion sur Dieu, elle est aussi nécessairement une réflexion sur la finalité de la création et sur l'avenir de l'homme. En cela on peut considérer qu'elle est aussi une "téléologie". Mais nous quittons le domaine de la métaphysique, puisque qu'il ne s'agit plus de réfléchir sur ce qui est, mais sur ce que l'on voudrait que soit le futur.
Cette information permettant à l'homme de continuer son évolution, la religion chrétienne l'appelle la "Parole de Dieu". Cela est parfaitement compréhensible dans notre conception des choses, de même il n'est pas absurde de dire que c'est là une parole créatrice, et que cette parole, c'est Dieu lui-même. (Là se situe la particularité des différentes religions, dans ce que l'on va vouloir reconnaître comme "parole de Dieu"). L'évolution se fait en effet par un apport d'information, et on peut penser que cette information, c'est Dieu lui-même qui se communique dans la création.
Ce qui est certain, c'est que le nouveau régime d'évolution qui est proposé à l'homme, et qu'on peut appeler évolution spirituelle, nécessite un certain niveau de complexification, il requiert une intelligence, elle-même fruit de l'évolution biologique. Tout membre du monde animal terrestre n'est pas apte à recevoir et à comprendre l'information nécessaire à cette nouvelle évolution, de même qu'il faut, par exemple, attendre un certain stade du développement pour qu'un enfant puisse comprendre les rudiments de la Relativité ou de la mécanique quantique.
Pour celui qui est habitué au discours des premiers théologiens chrétiens qu'on trouve dans le Nouveau Testament, cela n'est pas surprenant. Lorsque Jean ainsi que Paul, exposent les conditions de l'entrée dans la nouvelle création, nous comprenons bien ce qu'ils veulent dire, et le développement de Paul dans sa première lettre aux Corinthiens (ch. 15) n'est rien d'autre que ce que nous pourrions dire nous-même à propos de cette nouvelle forme d'évolution spirituelle qui ne peut intervenir qu'après celle qui est biologique (que Paul appelle yucikov", par opposition à pneumatikov"). Voici comment on peut traduire en français ce qu'il dit: "semé corps (ou personne) biologique, on se relève corps spirituel, s'il y a un corps biologique, il y a aussi un corps spirituel,... c'est pourquoi il est écrit: l'homme premier devint une âme vivante (biologiquement), le dernier homme est devenu un esprit qui donne la vie. Ce n'est pas ce qui est spirituel qui est premier, c'est ce qui est biologique. Ce qui est spirituel vient ensuite. Le premier homme, tiré de la terre est terrestre, le deuxième homme vient du ciel (de Dieu)..."
Sur ce point, ce que nous suggère l'étude de l'évolution est donc en parfait accord avec ce qu'enseignent les textes de base du christianisme (à condition toutefois de comprendre le grec ejgeivretai de Paul dans le sens d'une possibilité offerte aux hommes sur la Terre, et non pas d'une surnaturelle "résurrection" après la mort physique pour chaque individu comme le font certains théologiens).
Une question demeure: c'est celle de l'origine et de la transmission initiale de cette information. Pour la tradition chrétienne, elle est la Parole de Dieu, (et nous voulons bien l'appeler ainsi), transmise à l'homme par la Révélation.
Il est difficile d'établir scientifiquement l'existence d'une révélation, et de savoir comment certains individus pourraient avoir connaissance d'une information particulière permettant à l'homme de progresser par lui-même dans le cours de sa propre évolution.
Toujours est-il qu'un certain nombre d'individus prétendent posséder une connaissance, une information sur l'avenir de l'homme. Et parmi ceux-là, il en est un nombre très réduit qui ont réussi à actualiser cette information dans leur existence.
Il s'agit alors, pour chaque homme responsable de sa propre évolution, de savoir qui il veut reconnaitre comme étant détenteur de cette information créatrice, et d'adhérer volontairement à un message qu'il considère comme vrai, (c'est ce qui était désigné habituellement par le terme de "foi" avant que ce mot ne se charge d'une connotation affective, ou irrationnelle).
Ceux qui se rattachent au christianisme reconnaissent comme vrai et comme créateur le message d'un homme qui est appelé Jésus-Christ; ce message, il l'a enseigné et il l'a pris lui-même comme principe informant de sa propre existence, ayant une vie informée, d'un côté génétiquement par son ascendance d'homme, et d'un autre côté par le message qui est divin (s'il est créateur); il est devenu par là, en un sens, "fils de Dieu". Peut-être aussi cela permet-il de comprendre la doctrine traditionnelle de l'union de deux natures divine et humaine dans le Christ...
Si Jésus Christ a effectivement fondé son enseignement et sa vie sur une information créatrice, il a tous les caractères d'un individu mutant dans une population, et il est normal que le "monde" peuplé d'individus de l'"ancienne création" l'ait rejeté, de même qu'une cellule étrangère ou mutante dans un organisme est naturellement expulsée hors de celui-ci.
L'homme "ordinaire" appelé à participer à la nouvelle évolution n'a donc pas besoin de recevoir d'une façon surnaturelle l'information nécessaire. Il a simplement à s'approprier ou non un message qui est à sa disposition grâce à un individu qui le possède par mutation. Le travail de la théologie est d'élucider et de conceptualiser ce message. Mais chacun a un travail d'analyse à faire pour savoir si ce message est vrai, et s'il est créateur, pour pouvoir y adhérer grâce à son intelligence; et finalement le prendre pour principe informant de la transformation de sa propre existence.