l'Église Réformée de l'Étoile à Paris

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Dieu et la science

(Thèse de philosophie soutenue par Louis Pernot à la Sorbone en 1994)

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I Introduction

II L'Univers et l'homme

III. Univers et Evolution.

IV. Le temps créateur

V. La finalité dans l'Univers.

VI. Dieu, l'homme et la liberté de l'Univers.

VII. La connaissance de l'Univers par la science.

VIII. L'homme et l'unité de la réalité.

IX. L'articulation des discours scientifique et métaphysique sur l'Univers.

X. Temps et évolution.

A. L'espace et le temps

B. Le temps et le mouvement.

C. Le temps et sa mesure.

De nos jours, les théoriciens de la Relativité nous apprennent que ce qui est relatif dans le temps, c'est sa mesure, et cette théorie physique n'affirme en fait pas grand chose sur la nature-même du temps en dehors de la question des mesures différentes des intervalles de temps en fonction des vitesses relatives.

Mais, même si l'on a une grande confiance dans la physique, on ne peut pas dire que le temps n'est que sa mesure. Newton énonce dès le départ ses présupposés en parlant d'un temps "vrai et mathématique", comme si l'un ne devait aller sans l'autre. Et sans vouloir relancer le grand débat qui consiste à savoir si les mathématiques sont "vraies" ou non, on n'est en tout cas pas obligé de penser que le seul temps "vrai" soit mathématique. Loin s'en faut. Et la question qui revient ici est celle du rapport entre le formalisme et la réalité en elle-même. La mesure du temps est un langage sur le temps permettant de l'utiliser en tant que grandeur physique. Mais cela ne veut pas dire que tout ce que le temps est se retrouve dans sa mesure, ou même que le temps n'est rien qui ne soit pas mesurable.

Il faut bien sûr admettre que la mesure que nous faisons du temps n'est pas sans rapport avec lui. Il y a une adéquation entre le temps réel, le temps que nous mesurons et sa mesure. Cela est la première condition pour que ces mesures qui sont faites soient utilisables, et que le temps puisse être considéré comme une grandeur physique. Mais le temps est peut-être aussi plus que cela, et c'est ce que montrent, d'une part les quelques apories scientifiques le concernant, et d'autre part les autres approches possibles du temps (du point de vue psychologique par exemple) qui sont indéniablement pertinentes, et qui n'ont pourtant qu'un lointain rapport avec le temps scientifique des théories physiques.

C'est ainsi qu'il faut tenir compte des caractéristiques du temps qui sont connues de tous, mais qui le mettent à part des autres grandeurs: l'impossibilité de se déplacer dans le sens des temps décroissants ou d'explorer l'avenir, le fait que les présents de chacun concordent toujours lors de la coïncidence dans l'Univers, et sa mystérieuse future disparition quand l'Univers mourra progressivement (pour peu qu'il soit ouvert, c'est à dire qu'il ne s'effondre pas sur lui-même). Et puis, nous avons des affirmations sur le temps dans de tout autres domaines, Augustin, par exemple, dit que le temps n'est rien d'autre que l'accomplissement des paroles de Dieu. Si cette phrase a quelque pertinence métaphysique ou théologique, et on peut le penser, il faut se demander pourquoi.

En bref, on peut dire qu'il y a un temps physique qui est celui des machines, des mouvements divers, et qu'il y a aussi un temps vécu, le temps personnel que chaque être vivant perçoit en lui-même. Il est possible que le psychisme atteigne quelque chose de la nature du temps qui échappe à la physique pure, et même que le temps ne soit pas pure immanence par rapport au monde concret des choses, mais ait une part de transcendance. Tout les mystiques ont pensé en tout cas que la relation entre Dieu et le temps était quelque chose de particulier et d'important, il est même très révélateur que Dieu puisse être appelé par un nom qui est une seule référence au temps: l'Eternel... Bien sûr, on peut comprendre cette façon de nommer Dieu comme une manière de le mettre précisément hors du temps, mais cela montre en tout cas que le rapport au temps est une question d'importance ultime puisqu'elle permet un accès à la nature-même de Dieu.

On peut dire avec Newton qu'il existe un temps absolu qui est le temps de Dieu; mais ce temps n'est certainement pas mathématique par nature (Dieu est-il mathématique?). Sa mesure, elle, est de l'ordre du conditionné, puisque dans tous les cas, nous ne pouvons mesurer le temps qu'à partir de ses effets mesurables dans le monde physique, et ce n'est pas là le temps lui-même dont il est question.

Leibniz, bien avant l'invention de la Relativité s'est opposé à ce temps de mesure absolue défendu par Newton. Il a formulé une théorie du temps relatif où ce qui est pris en compte sont plus les événements que les durées ou les moments. Il l'exprime lui-même ainsi dans sa troisième lettre: "Suppose que quelqu'un demande pourquoi Dieu n'a pas créé toute chose un an plus tôt, et que cette même personne veuille en inférer que Dieu a fait quelque chose pour laquelle il ne peut pas avoir eu de raison pour laquelle il ait fait ainsi et pas autrement, nous répondrions que cette inférence serait juste si le temps était quelque chose d'à part des choses temporelles, car il serait impossible qu'il puisse y avoir des raisons pour lesquelles les choses auraient été appliquées à certains instants plutôt qu'à d'autres, quand leur succession reste la même. Mais ceci prouve lui-même que les instants, à part les choses, ne sont rien, et qu'ils ne consistent qu'en l'ordre successif des choses. Et si celui-ci demeure le même, l'un des deux états (par exemple celui dans lequel la création était imaginée avoir eu lieu un an auparavant) ne serait absolument pas différent, et ne pourrait être distingué de l'autre qui existe en ce moment".

Leibniz propose de concevoir le temps tout simplement comme une relation d'ordre entre les événements. Il pense ainsi pouvoir éviter les difficultés qui viendraient d'une chronologie absolue et infinie dans laquelle il faudrait insérer celle de notre monde, autrement dit la question du choix arbitraire d'une origine relative qui serait celle du commencement de l'Univers dans un temps universel, indépendant, n'ayant lui pas d'origine.

Sa critique, cependant, repose sur un raisonnement sophistique, car elle présuppose que l'on croie que Dieu ait créé le monde à un instant donné, et donc que celui-ci ait un commencement. Elle n'atteint pas Newton en particulier puisqu'il pensait que l'Univers était infini et éternel, dans le passé comme dans l'avenir; et il n'y a donc pour lui ni commencement de l'Univers à un instant ponctuel de son temps absolu, ni origine du temps qui soit autre chose qu'un instant conventionnel à partir duquel on puisse se référer. Newton évite ainsi la difficulté réelle relevée par Leibniz d'un univers fini et ayant une origine, venant à l'existence dans un temps infini absolu et indépendant de lui. Le temps de Newton n'est donc pas incompatible avec une notion de relation d'ordre entre événements puisque pour lui il n'y a jamais eu de temps pur sans que des événements de l'Univers y prennent place.

La seule grande différence entre les deux penseurs est que Newton croit en un temps absolu alors qu'il semble que Leibniz pense que c'est en la succession des choses que consiste le temps.

Une autre différence est que Newton pense qu'il existe une mesure universelle de la durée quand pour Leibniz, cette durée ne vient que du nombre d'événements se réalisant dans l'intervalle de temps choisi.

Sur ce point, nous retrouvons exactement ce que nous avions dit à propos de la mesure du temps, et cela irait plus en faveur de Leibniz que de Newton, celui-ci ayant une conception de la mesure du temps qui est bien plus difficilement compatible que l'autre avec ce que nous avons découvert ces dernières années en physique.

Il reste cependant un aspect des choses dont ne sait rendre compte la conception de Leibniz: admettons que le temps ne soit que la succession des événements: d'où vient le fait qu'il y ait précisément une succession, un ordre dans les choses? Et d'où vient que cette succession n'est pas aléatoire, mais orientée, et qu'elle comporte un certain nombre de contraintes imposées au réel? Il y a bien là un principe qui précède les choses elles-mêmes, et c'est précisément çela que nous pensons être le temps, avant même toute mesure possible.

Il faut cependant rendre justice à Leibniz et remarquer que si la théorie de la Relativité est totalement incompatible avec les vues de Newton concernant un temps absolu et universel, elle s'accommode au contraire fort bien du discours de Leibniz sur le temps, tant au niveau de son existence qu'à celui de sa mesure.

La théorie de la Relativité, nous apprend en effet qu'il n'est pas de mesure universellement valable du temps, et que'il ne s'écoule pas de la même manière dans tous les lieux de l'Univers soumis à des conditions différentes de vitesse ou d'accélération. Néanmoins, il y a quelque chose qui demeure dans tous les cas, c'est l'ordre de succession des événements. La Relativité ne conduit pas à une compréhension anarchique du temps où tout serait possible, mais seulement à une relativité de la mesure: ce qui n'est pas déterminé, c'est la rapidité avec laquelle le temps s'écoule. Une succession d'événements pourra sembler rapide à l'un, et lente à un autre, mais il n'est pas envisageable que l'ordre soit modifié. Ce qui est donc remis en cause par la Relativité, c'est l'idée d'une mesure absolue, et en aucun cas la relation d'ordre entre les événements du temps.


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