l'Église Réformée de l'Étoile à Paris

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Dieu et la science

(Thèse de philosophie soutenue par Louis Pernot à la Sorbone en 1994)

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I Introduction

II L'Univers et l'homme

III. Univers et Evolution.

IV. Le temps créateur

V. La finalité dans l'Univers.

VI. Dieu, l'homme et la liberté de l'Univers.

VII. La connaissance de l'Univers par la science.

VIII. L'homme et l'unité de la réalité.

IX. L'articulation des discours scientifique et métaphysique sur l'Univers.

X. Temps et évolution.

XI. La science et la théologie.

A.
B. La science et la foi

Les croyants ont souvent encore plus peur de la science que les philosophes. Cela vient sans doute du fait que la foi touche à ce que l'individu comprend du sens même de son existence, alors que l'on peut faire de la philosophe une simple activité intellectuelle non déterminante existentiellement. Ainsi, le philosophe aura tendance à se désintéresser d'une science qu'il n'arrive pas à comprendre, mais le croyant, lui, aura surtout peur de la science, peur que cette puissance souvent incompréhensible pour lui vienne briser le système de croyance et le sentiment de foi qui lui permet de vivre.

Souvent, la solution trouvée pour mettre sa foi à l'abri de la science consiste à vouloir séparer radicalement les deux domaines de la foi et de la science, comme l'illustre cette célèbre formule d'un savant: "quand j'entre dans mon oratoire, je quitte mon laboratoire"... Dans le meilleur des cas, ce désir de séparation vient de la volonté de ne pas rabaisser Dieu au niveau de la contingence et de l'incertitude des propositions scientifiques. On comprend en effet que l'on n'ait pas envie de fonder sa foi sur une science qui est en tel progrès qu'elle est sans cesse remise en question, voire même falsifiée. C'est là un but fort louable; on ne pourrait reprocher à personne de vouloir préserver à Dieu son caractère d'absolu, mais c'est certainement se méprendre sur la nature et la valeur de la science, ainsi que l'utilisation que l'on peut en faire.

Il est bien évident qu'il ne s'agit nullement de subordonner le concept de Dieu à des propositions scientifiques qui contiennent la possibilité d'être réfutées. Dieu ne dépend pas des pénibles efforts que nous faisons pour essayer de comprendre le monde, il ne dépend pas non plus de la conception que nous pouvons en avoir, ni des sentiments qu'il nous inspire, et auxquels nous donnons le nom de "foi".

Mais si Dieu est l'absolu, la foi, elle, n'est pas l'absolu; aussi, nous ne pouvons pas dire que la foi ne doit être conditionnée par rien, sous peine d'en faire un autre Dieu; Dieu qui du même coup ne dépendrait peut-être plus des conceptions scientifiques que nous avons, mais de nous-mêmes, de notre foi. Or, l'expérience nous montre qu'il n'y a rien de moins solide que ce que nos contemporains appellent la foi, quotidiennement nous voyons des gens qui la trouvent, d'autres qui la perdent ou la retrouve &c...

Dieu ne dépend pas de la "foi" que nous pouvons avoir en lui, et Dieu ne dépend pas de nos conceptions scientifiques sur le monde, pas plus que des théories psychanalytiques ou de la psychosociologie. Mais en revanche, la foi, elle, peut très bien dépendre dans une certaine mesure de la conception que nous nous faisons du monde, de l'homme et de Dieu lui-même. La meilleure illustration en est toute cette quantité de gens qui s'éloignent de la religion à cause d'une conception inacceptable de Dieu qui leur a été inculquée dans leur enfance au catéchisme. Il est certain que dans bien des cas, un enseignement cohérent et réfléchi aurait pu être assimilé par l'individu, lui permettant de ne pas perdre la "foi", pour prendre encore ce mot dans le sens moderne du terme.

On peut donc penser qu'une réflexion sur l'Univers, sur l'homme, et sur l'action de Dieu dans le monde, faite à partir de ce que nous savons grâce à la science, peut amener à modifier la relation personnelle que nous avons avec Dieu qui est la foi. Il n'y a donc pas de séparation infranchissable entre la foi et la science, et le refus sans appel de certains de faire la moindre relation entre ces deux domaines est peut être révélateur non pas de la séparation, mais d'une crainte qu'une éventuelle réflexion ne vienne perturber ou modifier une foi qui repose sur des bases infiniment faibles, et donc pas là fort fragile. De toute façon, tout refus catégorique est suspect, et il est bien possible que dans ce cas il démontre précisément le contraire de ce qu'il voudrait énoncer.

Mais, une fois de plus, cette attitude est compréhensible, il est certain que la science fait peur, autant par sa puissance d'affirmation que bien souvent l'individu non initié ne peut vérifier, que par le fait que l'histoire nous montre qu'elle n'a pas toujours été, loin s'en faut, exempte de toute erreur. Dans quelle mesure donc peut-on faire confiance à la science et à ce qu'elle nous affirme par l'intermédiaire des savants? Lorsqu'on s'intéresse au passé, c'est avec un certain amusement que l'on observe tous ses errements, toutes ces théories qui se sont révélées être fausses, on peut donc penser qu'il en va de même des nôtres, et que par conséquent, il n'y a pas à prendre la science bien en compte.

Il est vrai qu'une théorie scientifique est toujours réfutable, (c'est même un des critères qui permet de la qualifier de "scientifique"); mais cela ne veut pas dire que toute théorie scientifique soit fausse. L'histoire des sciences nous montre que le progrès de la science ne se fait pas tant par la réfutation totale de théories, que par le perfectionnement des anciennes. La Relativité générale ne réfute pas la Relativité restreinte, et celle-ci ne réfute pas la mécanique classique, mais chacune apporte plus de précision que la précédente.

On peut donc penser qu'il y a dans la science un certain nombre de points ou d'affirmations qui sont maintenant bien établis. Cela est d'ailleurs vrai depuis longtemps. Lorsque l'on affirme que le Soleil est comme une boule et non pas un disque plat, il est plus que probable que cela ne sera plus démenti. Les astronomes affirment depuis un certain temps déjà que les points lumineux du ciel nocturne ne sont pas des trous dans le ciel par où peut passer de l'eau, mais des étoiles, des astres, on peut penser aussi que la science du cosmos ne changera plus d'avis sur ce point. De nos jours, nous savons que l'Univers est en évolution, que l'homme n'est pas apparu d'un coup, mais à la suite d'un long processus, on peut aussi raisonnablement penser que cela est une base solide sur laquelle il est possible d'appuyer une réflexion sans risque de la voir s'effondrer sous peu.

Nous disposons donc, grâce à la science, de bien des points à partir desquels nous pouvons raisonnablement bâtir une réflexion. Il est indéniable que nous en savons plus de nos jours sur le monde qui nous entoure et qui nous a donné naissance que les scolastiques du Moyen Age, ou que les hébreux qui ont rédigé les textes de la Genèse. Nous avons là la chance de posséder une richesse d'information que n'avaient pas nos prédécesseurs, et qui peut nous permettre d'avoir une bien meilleure compréhension de la réalité physique dont nous sommes formés et qui nous entoure. Refuser d'utiliser cette science serait un crime inexcusable à l'encontre du progrès de la pensée humaine.

Il est vrai cependant qu'il faut prendre avec précaution ce que la science nous enseigne sur le monde, que ce soit sur le cosmos ou sur l'apparition et l'évolution des espèces. S'il y a des points dont on peut penser raisonnablement qu'ils sont maintenant confirmés et qu'ils ne seront plus vraiment remis en doute, il y en a d'autres qui ne font pas l'unanimité. C'est le cas par exemple de l'avenir probable de l'Univers, il serait peu prudent, par exemple, de fonder toute une réflexion sur le fait que l'Univers est ouvert et a un rayon qui continuera d'augmenter, sans s'effondrer sur lui-même; on peut penser que cela est vrai, mais il n'y a pas là de certitude.

Le fait que notre Univers soit en évolution est certainement aussi un point sur lequel il n'y a pas de doute. Pour ce qui est de son éventuel commencement, les choses sont moins claires. La quasi totalité des astrophysiciens sont d'accord sur le fait que notre Univers a eu un commencement (ce qui ne veut pas dire qu'il n'y ait rien eu avant, à supposer qu'"avant" ait un sens). En fait, la recherche actuelle semble indiquer qu'il n'y a pas lieu de remettre ce commencement en doute, elle s'efforce plutôt d'en connaître les modalités. Il est vrai que l'on dit que la théorie du Big-Bang est remise en question; cela n'est pas faux, mais il ne faut pas confondre la théorie du Big-Bang avec le fait qu'il y ait une singularité dans les courbes de Friedmann, donc un commencement. La théorie du Big-Bang n'est rien d'autre qu'une théorie particulière visant à décrire les modalités de ce commencement. Les nouvelles théories, comme celle des "super-cordes", ou de l'"inflation", permettant de donner une explication à l'extraordinaire régularité de l'Univers, ne remettent jamais en cause le fait du commencement de l'Univers. Pour nous, le fait que l'Univers ait commencé de la manière décrite par la théorie du Big-Bang ou par celle des hyper-cordes nous importe peu; ce qui nous importe c'est cette singularité que l'on trouve à un instant que l'on peut considérer comme une origine de notre temps.

Quant à faire des développements sur le fait que notre Univers serait né à ce moment d'un rien matériel, c'est là un terrain qui est trop peu sûr et dangereux, pour que nous nous y aventurions. En fait, il faut reconnaître que dès que l'on s'approche de ce point de singularité, nous sommes pratiquement incapables de comprendre ce qui devait s'y passer à partir des connaissances scientifiques actuelles. Nous ne savons pas si on peut prolonger la courbe avant ou non, et d'ou vient notre Univers. C'est pourquoi, il est pour nous plus sûr de nous intéresser plus particulièrement à ce qui nous semble certain: l'évolution. Nos enfants ou petits enfants, eux, pourront peut-être réfléchir sur le commencement de l'Univers, il y a là des choses extrêmement intéressantes que nous allons apprendre dans les années à venir.


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