l'Église Réformée de l'Étoile à Paris

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Dieu et la science

(Thèse de philosophie soutenue par Louis Pernot à la Sorbone en 1994)

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I Introduction

II L'Univers et l'homme

III. Univers et Evolution.

IV. Le temps créateur

V. La finalité dans l'Univers.

VI. Dieu, l'homme et la liberté de l'Univers.

A. La liberté dans l'Univers et l'apparition de l'homme.

B. L'action de Dieu dans l'Univers.

C. Rôle actif de l'homme dans l'évolution de l'Univers

Ayant partiellement éclairci le rapport entre Dieu et l'Univers, il est possible de revenir à la modification de ce rapport consécutive à l'apparition de l'homme comme phénomène cosmologique.
Nous avons vu que, dans l'Univers en tant que monde matériel, Dieu est à l'oeuvre comme force créatrice (ou acte créateur), principe d'une création qui s'effectue par le moyen de l'évolution en général.
Cependant, Cette force créatrice agit dans le monde matériel d'une façon automatique, c'est à dire directement, en orientant un système de probabilités. Or, puisqu'il s'agit de probabilités, l'évolution n'est qu'une question de temps, la complexification de l'Univers n'a besoin de rien d'autre que de Dieu, de Univers et du temps pour s'effectuer.
Avec l'apparition de l'homme, il n'en est plus ainsi. L'accès au seuil de la conscience réfléchie permet à l'homme, dans une certaine mesure, d'accepter ou de refuser, pour lui, l'action transformante de la force créatrice qui lui a donné naissance. Autrement dit, avec l'homme apparaît le libre arbitre dans l'Univers. Au niveau humain, l'évolution ou la transformation n'est plus seulement une question de probabilité comme cela avait été le cas jusque là, mais aussi d'adhésion et de volonté.
L'homme possède un pouvoir non négligeable de transformation de lui-même, de sa société et de son entourage; et ce pouvoir lui appartient au moins en partie en ce qu'il a acquis une certaine capacité d'autodétermination et de liberté.
Par là, l'homme n'est rien d'autre qu'une parcelle d'Univers qui s'est libérée en partie de la nature et de Dieu. Il s'est libéré de la nature non pas en ce qui concerne les lois physiques ou biologiques qui continuent de régler son existence comme celle de tout ce qui appartient à l'Univers, mais il s'est libéré des lois de comportement instinctives. Il y a donc une certaine part de choix dans son comportement, et par là même il se libère aussi de Dieu.
Grâce à son autodétermination, l'homme peut s'opposer au mouvement universel d'évolution et de complexification. Il peut lui-même devenir un facteur de destruction et de désorganisation, ou au contraire agir volontairement dans le sens de la création. Dans le premier cas son action sera démonique en ce qu'elle est opposée à celle de Dieu, et dans l'autre divine.
L'apparition de l'homme fait donc surgir dans l'Univers la possibilité d'une action divine intervenant directement au niveau du monde physique (alors qu'elle n'était auparavant que sous forme d'influence), mais aussi la possibilité d'une action démonique, activement opposée à Dieu .
Ce n'est qu'avec l'homme que le démonique est véritablement apparu dans l'Univers. Avant, la nature ne pouvait opposer à l'évolution qu'une inertie, comme résistance à l'action divine; par l'homme,au contraire, une partie de l'Univers (qu'il est) a le pouvoir d'agir négativement à l'encontre de l'acte créateur divin. Ainsi, l'apparition de l'homme qui peut être considérée comme un fait mineur pour ce qui est de l'Univers, du point de vue quantitatif, prend une importance fondamentale qualitativement, parce qu'il correspond à l'acquisition par l'Univers lui-même d'une force concrète du bien (c'est à dire allant dans le sens de la création) et d'une force du mal (destruction).
Pour être plus précis, il ne s'agit pas de deux forces vraiment distinctes, mais d'une même puissance qui peut s'actualiser en une force créatrice ou destructrice.
Grâce à l'homme, l'Univers peut par lui-même prendre en charge une partie de sa propre création ou évolution. Il devient en cette partie non pas totalement indépendant de la force créatrice de Dieu, mais capable de choisir d'évoluer dans son sens, ou dans le sens contraire. Et jusqu'à présent, à part l'homme, nous ne connaissons pas d'autre portion d'Univers qui ait acquis cette capacité.
Cette possibilité humaine d'action délibérée est, comme tout le monde le sait, ambiguë, elle comporte un risque: celui de la destruction ou de la régression dans l'ordre de la création. On comprend que l'Univers, poussé dans le sens de l'évolution par une force créatrice, n'ait pu faire apparaître l'homme avec risque de destruction qu'il représente que dans la mesure où celui-ci apporte aussi une possibilité d'évolution infiniment plus développée et plus rapide que dans le régime précédent.
Effectivement, tout d'abord, l'évolution proposée à l'homme ne se situe plus sur la même échelle de temps que celle qui était propre à l'Univers ou aux espèces biologiques, respectivement de l'ordre du milliard d'année et du million d'années. L'évolution que l'homme peut se donner à lui-même concerne en premier lieu son propre individu, ce qui donne une durée de l'ordre de l'année, ou de la dizaine d'année; ensuite elle concerne la société humaine en général, ce qui demande plus de temps, et ne peut se faire que sur des durées de l'ordre du siècle, du millier d'années ou de la dizaine de milliers d'années, ce qui reste très court en comparaison des temps cosmiques.
D'autre part, l'homme devient lui-même un facteur de changement et de transformation, non seulement sur lui, mais aussi sur sa descendance, sur ceux qui l'entourent, et sur tout ce qui se trouve dans sa sphère vitale en général. Dans le cas où l'homme adhère volontairement à l'oeuvre du travail créateur en action en tout lieu depuis le commencement de l'Univers, il devient un instrument de cette création, et il relaie la force créatrice divine en portant la possibilité de transformation au niveau même du monde, alors qu'elle devait auparavant être infiniment lente pour se faire. La passivité et l'inertie de la matière et du monde en général peuvent, grâce à l'homme, être surmontées par une action directe dans le monde. Cela est fondamental du point de vue de la théorie de l'évolution, car il ne faut pas oublier que l'évolution de l'homme grâce à son intelligence n'est rien d'autre qu'une forme de l'évolution de l'Univers; c'est la forme la dernière apparue, la plus rapide, la plus puissante, mais aussi la plus dangereuse. Dangereuse parce qu'elle demande pour se réaliser l'adhésion volontaire de chaque individu, et qu'avec le pouvoir de créer, chacun a aussi le pouvoir de détruire.
C'est donc dans une véritable aventure que l'Univers s'engage, aventure d'une nouvelle possibilité d'évolution dont l'issue n'est pas certaine et qui peut très bien échouer. La théologie est la science de cette nouvelle transformation, science qui cherche à connaître le mieux possible le message informant permettant à l'homme d'opérer sa transformation individuelle et collective, ainsi que le but vers lequel elle doit se diriger et qu'elle doit idéalement atteindre.
De plus, la religion chrétienne affirme que la tentative de l'Univers (ou de Dieu) d'évolution par l'homme réussira, c'est à dire que progressivement celui-ci utilisera son esprit et son intelligence pour une transformation créatrice d'une nouvelle réalité.
Espérons qu'elle ait raison sur ce point, mais de toute manière, même si la "nouvelle création" échoue par l'homme, cela ne veut pas dire que l'Univers ne pourra jamais y parvenir, l'Univers avec son élan créateur est suffisamment fort pour susciter de nouveau et ailleurs une autre tentative de création spirituelle. Ce ne serait pas la première fois que l'évolution devrait repartir sur une autre piste après un échec, une tentative qui n'a pas pu aboutir pour une raison ou pour une autre. Il n'y à qu'à penser aux grandes lignées d'espèces qui ont disparu.
Si ce n'est donc pas nous, l'homo sapiens sapiens, qui acceptons de collaborer au travail créateur de l'Univers par Dieu, d'autres le feront; l'Univers a tout son temps, et Dieu aussi.


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