l'Église Réformée de l'Étoile à Paris

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Dieu et la science

(Thèse de philosophie soutenue par Louis Pernot à la Sorbone en 1994)

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I Introduction

II L'Univers et l'homme

III. Univers et Evolution.

IV. Le temps créateur

V. La finalité dans l'Univers.

VI. Dieu, l'homme et la liberté de l'Univers.

VII. La connaissance de l'Univers par la science.

VIII. L'homme et l'unité de la réalité.

A. L'observateur pris dans son expérience

B. Le paradoxe EPR et l'unité de la réalité.

La découverte de ce paradoxe est une histoire fort curieuse. La mécanique quantique, on le sait, annonce que chaque particule est définie par un certain nombre de probabilités qui se réduisent à une des possibilités lors de la rencontre avec un appareil de mesure.

Einstein, qui ne pouvait accepter ce fait a écrit un article en 1935, avec ses collaborateurs, pour montrer qu'il était impossible que les choses soient ainsi, parce que dans ce cas, on arriverait à un certain nombre d'absurdités ou de paradoxes dont celui-ci: Deux particules issues d'un même choc ont certaines caractéristiques complémentaires. Par exemple, si l'une a une composante de spin (nombre quantique caractérisant un aspect de la particule et qui ne peut prendre que l'une des deux valeurs 1/2 et -1/2) positive, alors l'autre a une composante de spin négative.

Einstein dit: si les deux particules s'éloignent l'une de l'autre, chacune devrait garder la même probabilité d'avoir un spin positif ou négatif, et lorsque l'une est mesurée, son spin se fixe, et en même temps, instantanément et à distance, l'autre devrait se fixer à l'opposé. Ce qui est contradictoire avec l'idée qu'il n'y a pas de possibilité de transmission d'information à vitesse infinie, mais à une vitesse toujours inférieure à celle de la lumière.

Cela semblait mettre en danger la mécanique quantique en montrant une absurdité à laquelle elle conduirait. Or, de nombreuses années plus tard, en 1972, les physiciens Clauser et Stuart ont essayé de réaliser cette expérience, et ont découvert qu'il en était bien ainsi dans la réalité. Le paradoxe n'était pas dû à la mécanique quantique, mais existait dans la nature elle-même, et cela a été confirmé et reconfirmé bien des fois avec en particulier les célèbres expériences d'Aspect.

Ce qui est paradoxal dans cette expérience est que l'on ait affaire à deux particules qui restent corrélées entre elles, ce qui arrive à l'une influant instantanément sur l'autre, bien qu'elles soient éloignées d'une distance non négligeable, et que physiquement il n'y ait pas de transmission d'information possible.

Faute d'avoir une explication ou tout au moins une interprétation satisfaisante du paradoxe EPR, il nous reste à le prendre comme tel, et à admettre qu'il existe dans la nature un phénomène de corrélation. Phénomène indéniable, montrant que même en dehors de transmission de signaux, deux particules issues d'une même source restent liées entre elles.

Il est difficile de savoir quelle importance il faut donner à ce phénomène de corrélation. Dans l'état actuel de la science, il est connu dans un cas très particulier, mais nous ne savons pas s'il n'est pas plus général que cela dans l'Univers, ou même si il y n'y aurait pas une place déterminante.

A l'extrême, on pourrait penser que toutes les parties de l'Univers sont ainsi, dans une certaine mesure, corrélées entre elles; et qu'il ne serait pas possible de les considérer isolément, même s'il nous semble qu'elles sont sans relation physique, tout au moins par le moyen d'une transmission d'information que nous connaissions dans nos théories.

Quoi qu'il en soit, le paradoxe EPR a une valeur de contre exemple, et à ce titre, quel que soit le rôle qu'il joue effectivement dans la nature, il est déterminant pour notre compréhension du monde. La valeur du contre exemple est telle qu'il en suffit d'un pour falsifier une affirmation générale. Il suffit de montrer un cygne noir à celui qui affirme que tous les cygnes sont blancs pour qu'il ne puisse plus continuer à le faire. Dans notre cas, le paradoxe EPR suffit à nous montrer qu'il n'est plus possible de dire que deux systèmes sont indépendants ou sans relation sous le seul prétexte qu'ils ne peuvent échanger de signaux physiques. D'autre part, il montre que la question de la corrélation des parties de l'Univers et la question de l'information dans ce même Univers sont beaucoup plus compliquées qu'on pouvait le supposer. Que l'on pense par exemple à ceux qui interprètent le paradoxe EPR avec une information délocalisée: il n'est pas difficile d'imaginer l'importance qu'aurait, pour notre compréhension de l'Univers, l'idée d'une information universelle délocalisée. Il y a certes d'autres interprétations du paradoxe, et il est trop tôt pour prendre position avec suffisamment de probabilité de vérité, mais dans tous les cas, les conséquences sont considérables pour notre conception du monde.

De tout cela il résulte qu'il n'est pas possible de réduire l'Univers à un agglomérat de parties qui n'auraient pas de rapports entre elles. L'analyse des parties ne permet pas la compréhension du tout; il existe entre elles une unité qui est telle qu'on ne peut pas considérer l'Univers comme une somme d'éléments répondant chacun à leur propres lois. C'est exactement ce qui apparaît dans le paradoxe EPR: nous sommes contraints de penser l'ensemble du système comme un tout inséparable, et il en est de même dans la mesure quantique où l'expérimentateur doit être inclus à son expérience.

Il y a certainement dans l'Univers une cohérence qui est plus importante qu'on est prêt à l'admettre. Il y a une information universelle qui conduit à une "inséparabilité" des objets de l'Univers entre eux, dans l'ensemble desquels il faut aussi inclure les hommes.

Quant à la nature de ce lien que l'on découvre dans les expériences d'Aspect, il faut bien dire que nous ne la connaissons pas. Ce lien n'est pas "physique" dans la mesure où nous ne pouvons pas l'intégrer dans nos schématisation théoriques actuelles. Pour y parvenir, il faudra sans doute élaborer une théorie nouvelle découvrant un aspect des choses que ne peuvent nous montrer ni la Relativité générale, ni la Mécanique quantique, tout au moins dans l'état où elles sont aujourd'hui.

Cela nous conduit à considérer la valeur de nos théories physiques avec une certaine humilité. Il faut reconnaître que la réalité est toujours plus complexe que ne peuvent l'être nos théories, et qu'elle ne se laisse certainement pas enfermer dans les cadres rigides dans lesquels nous essayons de la mettre pour la comprendre. Bien sûr, la connaissance scientifique progresse, et nous arriverons à "expliquer" petit à petit les paradoxes d'aujourd'hui, mais il en apparaîtra d'autres. Il n'y a pas un jour où la recherche en science s'arrêtera, ayant épuisé son sujet, et où toute la réalité sera parfaitement codifiée d'une façon théorique. La science a bien pour objet la réalité-même, mais elle ne pourra jamais l'atteindre, seulement s'en rapprocher asymptotiquement, car, contrairement à ce que pensaient Einstein et d'autres, il y a entre la réalité et la théorie une différence de nature. Cela montre aussi la naïveté de ceux qui ne veulent admettre pour vrai que ce que la physique arrive à formaliser, refusant un certain sur-naturel qu'il vaudrait mieux appeler un sur-physique dans le langage d'aujourd'hui. ("physique" se rapportant à la science et non à la nature elle-même)

La physique d'aujourd'hui est contrainte à admettre ses propres limites; elle doit se soumettre face à une nature dont elle essaye de rendre compte mais qui la dépasse toujours. Le vieux rêve du siècle dernier d'arriver à tout expliquer par la science s'évanouit, même ce qu'il y a de plus "naturel" ou matériel dans le monde continue toujours de nous échapper en partie.

Il n'y a que ceux qui ne sont pas scientifiques pour penser encore que la science puisse permettre de déterminer ce qui est possible et ce qui n'est pas possible, ce qui peut exister ou ne peut pas exister. Les scientifiques, eux, sont en général conscients de caractère extrêmement limité de leur savoir, et cela à un point tel qu'il n'est pas rare de voir des physiciens de haut niveau tomber dans l'extrême, et porter un intérêt considérable à la parapsychologie et aux expériences para-normales, bref à ce qui apparaît au profane comme étant, en propre, opposé à l'idée qu'il a de ce qui est dit "scientifique".

Pour en revenir au paradoxe EPR: on peut se demander quelle est la nature de ce lien entre les deux particules, et s'il existe un lien entre tout ce qui est dans l'Univers, quelle est sa consistance ontologique. Chacun peut essayer de l'interpréter comme il veut, mais cela ne change pas grand chose pour ce qui est de l'analyse philosophique de la question.

Tout cela contraint à repenser la place de l'homme dans l'Univers. L'homme, en effet, doit être pensé comme un élément de l'Univers, fait de poussières d'étoiles qui se sont organisées d'une certaine manière, mais son unité de constitution et d'origine avec le reste du monde n'est pas tout, il reste aussi en relation et en corrélation avec l'ensemble du milieu naturel du cosmos.

A l'échelle de la Terre déjà, nous percevons un phénomène d'interdépendance entre l'homme et son milieu. Celui ci a en effet une influence sur l'homme, comme sur tout être vivant; mais par ailleurs, l'homme a maintenant acquis suffisamment de puissance d'action pour pouvoir modifier ce milieu en retour, et ce d'une façon non négligeable. Cette puissance est telle actuellement, qu'elle est devenue préoccupante pour l'avenir même de l'homme: que ce soit en raison de sa force de destruction par la bombe atomique, ou de toutes les dégradation du milieu vital par les différentes formes de pollution.

Ces considérations, nous y sommes habitués, et elles peuvent sembler des lieux communs; mais si l'on considère l'homme en tant qu'il est une parcelle du cosmos, en lui, nous voyons l'Univers dans l'une de ses parties être en double relation d'interdépendance avec ce qui l'entoure. Nous sommes là face à un phénomène assez extraordinaire: non seulement parce qu'une partie de l'Univers prend une certaine indépendance, ou liberté, par rapport au reste; mais aussi parce que cela nous rappelle que l'homme n'est pas séparé du reste du cosmos: il en fait partie, il en dépend et le monde lui-même dépend de lui.

Si, de plus, il existe dans l'Univers une grande unité, une corrélation ou une non-séparabilité de toutes ses parties (ce qui est de toute façon vrai à un certain degré), il faut admettre qu'il n'est pas d'avantage possible de penser l'homme hors de l'Univers que l'Univers hors de l'homme. Il n'y a pas l'Univers d'un côté et l'homme de l'autre, comme tendent à le faire penser un bon nombre de philosophies dominant la pensée occidentale depuis des siècles. Et même, à leur encontre, si l'un des deux devait précéder l'autre, ce serait le monde matériel dont est issu chronologiquement l'homme et dont il est formé. Le monde existe par lui-même et a autant d'existence que le corps de l'homme. Ce n'est, ni pour l'un, ni pour l'autre, la pensée humaine qui les font être. S'il est vrai que l'homme, en possédant un psychisme, à une particularité dans l'Univers, pour ce qui est de son existence purement matérielle, il n'a pas de statut particulier. Il est l'un des constituants de l'Univers, il est pris dans cette grande unité de l'ensemble du cosmos, sans pouvoir prétendre vraiment le regarder de l'extérieur.


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