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Faut-il ressusciter les prophètes de malheur ?
Cette année,
les Conférences de l’Etoile ont pour thème général «..Réinventer la vie..» et
elles abordent des thèmes d’actualité et de société.
Nous vivons une
époque curieuse qui est celle des ambiguïtés et des armes à double tranchant.
Prenons quelques exemples..: le réchauffement climatique risque-t-il de conduire
à une véritable catastrophe..?. Certes, c’est possible, mais la lutte contre les
dangers d’ordre écologique est peut-être un frein pour l’économie et même la croissance.
Or celle-ci est considérée comme une nécessité absolue, même si on ne sait pas
si elle ne va pas s’auto-cancériser ou éclater comme une baudruche.
Ainsi, la question
fondamentale pour aujourd’hui c’est..: que faire pour éviter les catastrophes
écologiques, économiques ou autres..? Faut-il avoir peur de l’avenir..? (C’est
le titre de l’une des conférences).
Face à ces inquiétudes
et ces incertitudes, les Eglises ont-elles une mission..? Reconnaissons le, leur
rôle est bien difficile à préciser.
Aujourd’hui on
attend d’elles qu’elles donnent confiance et qu’elles aient un message positif
et optimiste. S’ils veulent se faire applaudir, les bons apôtres d’aujourd’hui
doivent prêcher..: «..N’ayez pas peur, ayez confiance, gardez l’espérance, tout
finira par s’arranger. Ne soyez pas défaitistes, ce serait cesser de croire en
Dieu et en l’homme..». Oui, aujourd’hui, les pasteurs et les prêtres sont payés
pour être des prophètes de bonheur et de confiance.
Du temps de l’Ancien
Testament, il en était tout autrement. Les vrais prophètes étaient des prophètes
de malheur. Et Jésus lui-même a proféré des paroles terribles..: «..Homme insensé,
cette nuit même tu cesseras de vivre..» (Luc 12:20), «..Si vous ne changez de
comportement, vous périrez tous » (Luc 13:5), «..En ce temps là, la souffrance
sera plus terrible que toutes.....» (Matt. 24:21), etc...
Ces prophètes
de malheur avaient-ils raison de tenir ce genre de propos..?. Jean-Pierre Dupuy
(Pour un catastrophisme éclairé, Seuil 2002) répond «..Oui car, dit-il, prêcher
la venue du malheur empêche qu’il advienne..». Il s’appuie sur le livre de Jonas.
Ce prophète est allé prêcher à Ninive, la plus grande ville de l’époque, bien
assise sur son optimisme et sa croissance, et il annonce «..Dans quarante jours,
Ninive sera détruite..». Alors, nous dit le livre de Jonas, les habitants de Ninive
prirent au sérieux la parole du prophète de malheur. Apeurés et terrifiés, ils
changèrent de comportement de manière complète et, du coup, Ninive ne fut pas
détruite. Mais, prévient Jean-Pierre Dupuy, pour que les hommes changent radicalement
de comportement (ce qui empêche la venue de la catastrophe), il faut qu’ils soient
certains que la catastrophe va arriver. Sinon, ils en restent à des demimesures
qui restent inutiles.
Aujourd’hui,
ce catastrophisme doit-il être prêché..? L’évolution de notre société peut-elle
déboucher sur une catastrophe..? Ce sont nos petits-enfants qui, dans cinquante
ans, le diront. Mais si c’est oui, ce sera trop tard.
Les pasteurs
de l’Etoile doivent-ils et vont-ils se transformer en prophètes de malheur quitte
à être chassés à coup de pierres..? Pour le savoir, venez au culte et aux conférences,
avec ou sans munitions.
Alain Houziaux
Voir l'édito de septembre 2007 : Entre ouverture et fermeture
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