Le mystère du Jeune-homme en vêtements blancs
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Prédication prononcée
le 4 avril 2010 jour de Pâques, au Temple de l'Étoile à Paris,
par le Pasteur Louis Pernot
Dans l’Evangile de Marc se trouve une personne mystérieuse : un jeune homme vêtu d’un drap blanc. Il est dit qu’au moment de l’arrestation de Jésus, alors que tous l’abandonnent pour prendre la fuite : « Un jeune homme le suivait, n’ayant sur le corps qu’un drap. On se saisit de lui mais il lâcha son drap, et se sauva tout nu. » (Marc 14 :51-52). Cet épisode est curieux, parce qu’aucun des autres Evangiles n’en parle, et on ne voit pas bien l’intérêt de cet événement. Alors la plupart des commentateurs disent que c’est un « détail autobiographique », que donc il doit s’agir de Marc lui-même et qu’il l’aurait raconté uniquement parce que c’est de lui qu’il s’agit.
Ce type d’argument me semble bien faible. Comment penser que l’Evangile de Marc qui est le plus concis, le plus dense de tous, puissent s’encombrer de « détails autobiographiques» sans intérêt réel. Il doit bien y avoir quelque chose là dessous.
Il ne faut jamais sous estimer l’Evangile... et ce « jeune homme vêtu d’un drap » n’est pas vraiment un inconnu. Il suffit de regarder les mots : « jeune homme » se dit en grec : «neaniskos ». Or ce mot apparaît une deuxième fois dans l’Evangile de Marc, et aussi conjoint avec le verbe « periballo » qui signifie « vêtu ». C’est lors de la résurrection quand les femmes entrent dans le tombeau, il est dit qu’elles y rencontrent « un jeune homme assis à droite vêtu d’une robe blanche » (Marc 16 :5). Gardons cela en mémoire.
Quant au « drap », on le retrouve aussi. Ce sont en fait nos traductions qui nous égarent. Ce qu’ils traduisent par « drap » est le mot « sindona » ce même mot qui est traduit plus loin par « linceul » : Marc écrit en effet que Jésus étant mort, Joseph d’Arimathée, « ayant acheté un linceul, descendit Jésus de la croix, l’enveloppa du linceul, et le déposa dans un sépulcre taillé dans le roc » (Marc 15 :46).
Décidément, ce linceul n’a pas de chance, deux fois de suite il se trouve sans le corps qu’il enveloppe !
De cela, on peut d’abord penser que si le jeune homme de Getsémané représente tous les croyants, alors ce croyant a un sort totalement parallèle à celui de Jésus. Comme lui, on veut l’arrêter, mais les soldats n’attrappent qu’un suaire vide, lui se retrouvant glorieux et ressuscité dans le tombeau même du Christ. Le croyant doit donc partager le sort du Christ, il doit mourir avec lui, être mis au tombeau avec lui pour ensuite ressusciter glorieux, proclamer la foi chrétienne et annoncer la présence du Christ ressuscité qui marche devant nous.
C’est ce que dit Paul : « Nous avons donc été ensevelis avec lui par le baptême en sa mort, afin que, comme Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, de même nous aussi nous marchions en nouveauté de vie. » (Rom 6 :4). Ou encore : « J’ai été crucifié avec Christ; et si je vis, ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi; si je vis maintenant dans la chair, je vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi. » (Gal 2 : 20)
Mais on peut aller plus loin dans une interprétation certes audacieuse : on peut donc se demander si les trois personnages du Christ, du jeune homme au drap et de l’Ange ne forment pas en fait un seul et même personnage.
Le jeune homme dans son expérience explicite bien ce qui va arriver au Christ : les gardes et les juifs intégristes de l’époque veulent le prendre pour le tuer, mais lui échappe à son sort et ils se retrouvent avec un suaire vide. La mort du Christ ne concerne qu’une enveloppe purement charnelle, et le Christ, dans la pureté de sa dimension spirituelle échappe à ce projet meurtrier puisqu’il vit éternellement. Le Christ ressuscité sera même à l’image du premier homme, Adam, vivant dans la perfection de l’immédiate présence d’avec Dieu en étant tout nu, sans péché et sans honte.
Joseph d’Arimathée, lui, ne va pas bien comprendre cela, il va essayer de remettre un corps dans le drap. Il prend le corps du Christ mort et il l’enveloppe dans le drap. Mais c’est en vain. Le Christ n’est pas dans son cadavre, il est vivant autrement.
Cela est d’une importance capitale, car si la résurrection du Christ est bien comme le dit Paul l’image de notre propre résurrection, ce que nous croyons de la résurrection de Jésus, c’est ce que nous attendons pour nous et pour ceux que nous avons aimés et qui nous ont quittés. Cela nous montre en particulier qu’il ne faut pas penser que la résurrection de Jésus soit fondamentalement quelque apparition localement limitées et historiquement datées. Nous n’attendons pas aujourd’hui que nos morts reviennent manger des posisons avec nous. Le message de la Résurrection, c’est que la mort n’emporte rien d’essentiel dans ses liens. Elle n’est qu’une force qui marche à vide et qui laisse vivant l’essentiel pour l’éternité. La présence de nos morts, de ceux que nous avons connus ou aimés n’est pas dans leur corps, dans leur dépouille, ils sont ailleurs, d’une autre manière, immatérielle, invisible, spirituelle.
Mais si on a trouvé le drap, où est passé le jeune homme en question ?
La réponse est qu’il est toujours près du tombeau dans le personnage « assis à droite ». Ne serait-il pas lui précisément le Christ ressuscité ? C’est bien le Christ qui est « assis à la droite » du Père. Et cette fois, il est « vêtu d’une robe blanche », précisément comme le Christ lors de la transfiguration » (Marc 9 :3). C’est donc bien le Christ ressuscité que les femmes voient et entendent dans le tombeau sans le reconnaître.
Ce qu’il dit est un peu curieux : « il n’est pas ici ». Or c’est vrai, le Christ est là sans y être. Il n’est pas matériellement présent, il n’est pas dans un tombeau, dans un suraire, parce que le Christ ressuscité n’a pas de mode de présence matérielle, mais pourtant il est bien là spirituellement puisqu’il leur parle. C’est même comme ça que le Christ se rend présent : par la Parole et dans sa Parole.
Par ailleurs, le vêtement blanc, c’est la tenue règlementaire des anges, c’est-à-dire des messagers de Dieu, de ses « porte-parole ». Si le Christ ressuscité leur apparaît en vêtements blancs, c’est qu’il leur apparait comme une parole. Cela n’est pas étonnant. Jésus qui est la parole incarnée se « désincarnant » redevient pure parole, et c’est dans sa parole, dans son Evangile qu’il se rend présent et qu’il ressuscite pour nous, non pas dans des lieux particuliers, et encore moins dans des images ou des objets matériels.
Or la parole est aussi pour nous quelque chose d’essentiel. La parole, c’est d’abord la transmission, et c’est là le premier mode de présence de ceux qui nous ont quittés : ils ont transmis quelque chose, et vivent en nous par ce qu’ils ont transmis, comme le Christ vit par l’Evangile qu’il a transmis aux apôtres et qu’il vit encore en nous par ce même évangile lu et prêché aujourd’hui. Et puis, la parole, c’est aussi de la relation, c’est une manière de donner, d’écouter, de partager, de comprendre et d’aimer. Or si tout est passager dans ce monde, Paul nous dit bien (1Cor 13) que l’Amour demeure éternellement. C’est bien de cela aussi qu’est constitué notre corps ressuscité et éternel, de l’amour partagé. Et le Christ ressuscité il y a deux mille ans, et aujourd’hui encore présent comme alors est vivant non seulement dans son message transmis, mais aussi par l’amour qu’il a répandu dans nos cœurs, par cette présence d’amour et de tendresse de Dieu qu’il nous a révélé et qui ne nous quitte jamais.
Amen.
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Marc 14 : 43-52
43Aussitôt, comme il parlait encore, survint Judas, l'un des douze, et avec lui une foule armée d'épées et de bâtons, (envoyée) par les principaux sacrificateurs, les scribes et les anciens.
46Alors ces gens portèrent les mains sur Jésus et le saisirent.
48Jésus prit la parole et leur dit : Vous êtes venus comme après un brigand, avec des épées et des bâtons, pour vous emparer de moi.
49J'étais tous les jours parmi vous, j'enseignais dans le temple, et vous ne vous êtes pas saisis de moi. Mais c'est afin que les Écritures soient accomplies.
50Alors tous l'abandonnèrent et prirent la fuite.
51Un jeune homme le suivait, vêtu seulement d'un drap. On se saisit de lui,
52mais il lâcha le drap et s'enfuit tout nu.
Marc 16 : 1-8
1Lorsque le sabbat fut passé, Marie-Madeleine, Marie (mère) de Jacques et Salomé achetèrent des aromates, afin d'aller embaumer Jésus.
2Le premier jour de la semaine, elles se rendirent à la tombe très tôt au lever du soleil.
3Elles disaient entre elles : Qui nous roulera la pierre de l'entrée du tombeau ?
4Elles levèrent les yeux et s'aperçurent que la pierre, qui était très grande, avait été roulée.
5Elles entrèrent dans le tombeau, virent un jeune homme assis à droite, vêtu d'une robe blanche, et elles furent épouvantées.
6Il leur dit : Ne vous épouvantez pas ; vous cherchez Jésus de Nazareth, le crucifié ; il est ressuscité, il n'est pas ici ; voici l'endroit où on l'avait déposé.
7Mais allez dire à ses disciples et à Pierre qu'il vous précède en Galilée : C'est là que vous le verrez, comme il vous l'a dit.
8Elles sortirent du tombeau et s'enfuirent tremblantes et hors d'elles-mêmes mais elles ne dirent rien à personne à cause de leur effroi.
Marc 15 : 42-47
42Le soir était déjà là, et comme c'était la préparation, c'est-à-dire la veille du sabbat,
43Joseph d'Arimathée, membre distingué du conseil, qui lui-même attendait aussi le royaume de Dieu, arriva. Il eut le courage de se rendre chez Pilate pour lui demander le corps de Jésus.
44Étonné qu'il soit déjà mort, Pilate fit appeler le centurion et lui demanda s'il était mort depuis longtemps.
45Renseigné par le centurion, il donna le corps à Joseph.
46Celui-ci acheta un linceul, descendit Jésus (de la croix), l'enveloppa du linceul et le déposa dans une tombe taillée dans le roc, puis il roula une pierre à l'entrée du tombeau.
47Marie-Madeleine et Marie, (mère) de Jacques, regardaient où on le mettait.
Marc 9 : 2-3
2Six jours après, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean, et il les conduisit seuls à l'écart sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux :
3Ses vêtements devinrent resplendissants et d'une telle blancheur qu'il n'est pas de blanchisseur sur terre qui puisse blanchir ainsi.
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