Et Dieu créa...
Le premier chapitre de la Genèse nous présente
Dieu créant le monde. Ce texte n'est pas un texte scientifique,
mais théologique, il nous montre comment Dieu a toujours été
et est encore aujourd'hui en rapport avec le monde. En particulier, nous
voyons que le monde matériel n'est pas tout, mais qu'il existe
du spirituel (appelé Dieu), et que ce spirituel est ce qui donne
sens, ce qui organise le monde matériel et le fait advenir comme
une réalité nouvelle.
Dieu ne crée pas tout d'un coup.
En Genèse 1, la création est progressive.
Nous sommes donc dans le sens d'une création continuée,
la création n'est pas un coup de baguette magique, mais un processus
créateur... qui n'est d'ailleurs pas fini, puisque Dieu commande
à l'homme: croissez et multipliez, c'est-à-dire qu'il doit
prendre part lui-même à la suite de la création. L'homme
est co-créateur avec Dieu, il peut être l'acteur, s'il le
veut bien, de sa propre création, et de la continuation de la création
du monde. C'est d'ailleurs dans ce sens que l'on peut comprendre ce que
dit Dieu: créons l'homme à notre image..; or Dieu n'a pas
d'image, il est irreprésentable... comme l'homme dans le fond,
et la seule représentation de lui que l'on ait dans ce texte, c'est
qu'il est créateur. Donc l'homme est créé comme Dieu,
c'est-à-dire en tant qu'il est créateur.
Et ce rôle de l'homme dans la continuation
de la création, on le voit dans le fait que Dieu voulant créer
l'homme à son image et selon sa ressemblance, dit au pluriel "créons",
pluriel qui ne peut qu'impliquer l'homme, donc à partir de maintenant,
l'homme peut ou doit prendre part à sa propre création,
et ce que Dieu crée, lui seul, c'est l'homme à son image
; le texte ne fait plus mention de la "ressemblance", dont les théologiens
ont toujours pensé que là était la responsabilité
de l'homme que de "ressembler" à Dieu, cela n'est pas donné
de naissance. Par sa nature, l'homme a un pouvoir créateur (et
donc destructeur) comme Dieu, mais il dépend de lui de bien vouloir
continuer à se créer pour ressembler à Dieu en tant
qu'il est source de vie, d'amour, de joie, de paix, de pardon et de miséricorde.
Dieu crée en organisant.
Dieu est présenté comme une parole
dans le monde, parole qui sépare, permettant d'éviter des
confusions fâcheuses (on dirait aujourd'hui des états fusionnels
ou confusionnels délétères), une parole qui crée
du neuf, qui fait en sorte que les choses ne restent pas comme elles sont,
mais évoluent, et la croyance évangélique est que
cette Parole de Dieu continue d'être à l'oeuvre de la même
manière dans nos vies aujourd'hui, nous permettant que nous ne
soyons pas assimilés à nos richesses, que nous ne soyons
pas même notre corps au point de nous identifier à lui, mais
faisant en sorte que notre vie puisse déboucher sur du neuf, Dieu
est une réalité extérieure au monde matériel
qui par une parole donne sens, harmonise et tend vers un but. C'est peut-être
ça la vie de l'homme idéal: une vie matérielle dans
laquelle Dieu met un peu d'ordre, une vie avec toutes ses dimensions concrètes
et physiques au-dessus de laquelle plane, volette la présence maternelle
de l'Esprit qui harmonise, organise et donne sens.
Et enfin, peut-être que l'acte créateur
le plus important est le dernier, celui qu'il fait le 7e jour. Beaucoup
ont dans l'esprit que Dieu n'a rien fait le septième jour, or ce
n'est pas du tout ce que dit le texte. Il est dit que le 7e jour, Dieu
cessa d'oeuvrer.... certes, mais aussi qu'il bénit et qu'il sanctifie
la création. Or, s'il est vrai que bénir ce n'est pas faire
grand chose d'un point de vue matériel, ce n'est pas une action
très productrice, c'est pourtant quelque chose d'essentiel. La
dimension spirituelle de l'apport de Dieu se trouve là clairement
exprimée comme ce qui couronne, ce qui donne sens à toute
oeuvre matérielle. Cette fameuse journée du 7e jour nous
rappelle la relativité de tout le monde matériel, la relativité
de toute oeuvre concrète, de tout travail, et d'une certaine manière
nous empêche d'assimiler Dieu à son travail de créateur,
puisqu'il y a au moins un jour où il ne crée pas. Donc Dieu
est créateur, certes, mais il n'est pas que cela. Il est aussi
une source de repos et de bénédiction. Et de même,
nous qui sommes créés à son image sommes-nous créateurs,
donc appelés à agir dans ce monde... mais nous ne devons
jamais nous assimiler à notre action dans le monde, elle n'est
pas tout, nous sommes plus que nos oeuvres, nous sommes aussi appelés
parfois à agir moins, pour rechercher l'essentiel de la sanctification
du monde.
Louis Pernot
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