La Toute Puissance de Dieu
La notion de “toute puissance” de Dieu a toujours
posé problème. Pour un protestant, une bonne méthode consiste à se tourner
vers l'Écriture pour y chercher l'essentiel. Or l'expression “tout puissant”,
dans le Nouveau Testament, est absente des Évangiles, et ne se trouve
que dans un seul de ses livres: l'Apocalypse. Comme dans ce chapitre 19
qui annonce qu'à la fin des temps Dieu entrera dans son règne.
La Bible annonce ainsi la toute puissance de Dieu comme une espérance
pour le Royaume à venir. Comme quelque chose qui vient, mais qui n'est
pas encore réalisé.
Cela ne veut pas dire que cette “toute-puissance” de Dieu ne nous concerne
pas, car l'Évangile annonce justement qu'en Christ, le Royaume de Dieu
s'approche, qu'il est déjà - partiellement - là et qu'il vient.
Il est donc légitime que, dans nos confessions de foi, nous disions parfois
“Je crois en Dieu, le Père tout-puissant”. C'est une prière, c'est l'espérance
que par lui le bien l'emportera, et c'est un engagement personnel à essayer
d'y participer à notre mesure.
Dans la parabole du bon grain et de l'ivraie, Jésus nous donne à voir
comment Dieu agit dans le monde avec une puissance réelle, mais limitée.
Puis il nous montre comment la toute puissance de Dieu se manifeste à
la fin des temps.
Jésus nous dit : “Le royaume des cieux est semblable à un homme semant
une bonne semence dans son champ.”
Remarquons comment Dieu agit dans le monde. Il agit en semant des graines.
Il est un semeur en train de semer de bonnes choses. Dieu n'a donc pas
créé le monde en un coup de baguette magique, mais comme le dit ici Jésus,
le quotidien de Dieu, c'est de créer, et il crée en semant.
La science nous dit qu'effectivement le monde est encore en évolution.
Ne désespérons pas. Dieu continue à semer, à travailler pour créer le
monde et pour aider chacun de nous à grandir.
Ne désespérons donc pas, ni de Dieu, ni de ce monde, ni de l'humanité,
ni de nous-mêmes. Pour l'instant, nous dit Jésus, c'est vrai que le bien
et le mal sont mélangés, mais il n'y a que du bien en Dieu et il aura
la victoire.
C'est la 2e partie de la parabole de Jésus où l'on voit la fin du monde,
le temps de la toute puissance de Dieu. Il agit alors avec une sorte de
violence pour détruire le mal et ne garder que le bien. Il coupe, il trie,
il jette et il recueille ce qui est bon. Et cela aussi est une bonne nouvelle
pour nous, bonne nouvelle de la victoire de la vie sur la mort.
En attendant, comme Jésus le dit explicitement, il n'est pas possible,
même à Dieu, de travailler en force pour établir le Royaume qu'il construit.
Notre impatience est légitime, on se dit : Que fait Dieu ? On voudrait
qu'il règle tout, tout de suite. Mais le Royaume de Dieu ne peut venir
que dans la douceur, la patience et les soins attentifs. Ce n’est pas
en tirant sur les brins d’herbe qu’on les fait pousser plus vite. Il faut
du travail, de la patience et de l'amour.
C'est ainsi que Dieu travaille. Le monde n'est pas encore fini, Dieu et
ses amis continuent à labourer et semer dans le monde. Mais, en Christ,
des épis sortent déjà, et nous pouvons commencer à moissonner un peu.
Le Royaume de Dieu est déjà là, au milieu de nous, même s'il n'est pas
encore totalement là. Le Royaume de Dieu est en train de venir, il vient.
Et puis, si nous voulons que le bien progresse plus vite, Dieu ne demande
pas mieux, il nous attend justement pour travailler avec lui en semant
de la bonne graine, et en étant nous-mêmes semés dans le monde comme une
bonne graine.
Mais nous agissons souvent comme le diable de cette parabole de Jésus,
en semant du mauvais grain dans le monde. Le Diable n'est pas en effet
un être en soi, mais c'est l'être humain dans sa volonté de faire le mal.
Or la bonne nouvelle de ce Dieu qui n'exerce pas une “toute puissance”
dans ce monde, c'est aussi la liberté qu'il nous laisse de faire le mal,
tout en nous proposant de faire le bien avec lui.
Et la bonne nouvelle de la toute puissance de Dieu à la fin des temps,
c'est aussi la bonne nouvelle du salut que Dieu nous donne quand il nous
libérera totalement de tout mal.
En Christ, Dieu est encore plus le semeur que jamais et il est encore
moins le Tout-Puissant qui imposerait de force sa volonté au monde. Jésus
meurt sur la croix, et lui-même n'a pas envoyé vingt légions d'anges pour
l'arracher des griffes des méchants ? Mais contrairement aux apparences,
Dieu n'a pas abandonné Jésus sur la Croix: la puissance de Dieu agit en
profondeur, en douceur.
Oui, Jésus a guéri quelques malades seulement, et il a parlé à quelques
hommes et femmes seulement. Mais en Christ, Dieu a semé son Royaume. En
Christ, Dieu a donné au monde la graine divine de sa Parole. Par elle,
la vie est entrée dans le monde plus que jamais.
Louis Pernot
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