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La foi peut-elle nous aider à vivre ? • Première image : l'arche
du pont. Avancer sur un pont, c'est avoir confiance que l'arche tiendra.
Le pont, quand on y pense, n'a rien pour “tenir” au-dessus du précipice.
Il devrait s'écrouler par la force de son poids. Il ne tient que par le
miracle de l'arche, c'est-à-dire grâce à la solidarité des moellons entre
eux. Avancer sur le pont, c'est un acte de foi et de confiance.
La foi, c'est la ferme assurance d'être porté et soutenu par l'arche du
pont. La foi, c'est une forme de con-fiance. D'ailleurs foi et confiance
ont la même racine. Je pense aussi au funambule, cet équilibriste qui progresse
sur un fil ténu au-dessus du vide, devant les badauds. Il avance en se
tenant à un balancier. Le balancier, à cause de son poids, devrait plutôt
faire chuter l'équilibriste. Et bien non, au contraire, le balancier le
retient et le porte. La foi dans le balancier, la foi en Dieu est une
sorte d'assurance incompréhensible, quasiment absurde. Mais elle vous
porte et vous aide à avancer. Le romancier Giono a utilisé cette image du funambule
sur un fil. Mais il ajoute que c'est Dieu lui-même qui, à l'autre bout
du fil, tient le fil sur lequel avance le funambule. C'est encore plus
frappant. Tel ce funambule, nous avançons vers Dieu sur un fil soutenu
au-dessus du néant par la main invisible de Dieu. Oui, la vie est une
marche en équilibre sur un fil, soutenue par le miracle de Dieu, et qui
aboutit au mystère de Dieu. Dieu c'est l'“autre rive”. Ainsi, la foi est une sorte de confiance sans raison.
On ne sait pas trop en quoi on a confiance. On a confiance dans le mystère
du pont qui tient, dans le miracle du fil qui tient. • Et voici ma deuxième image.
C'est celle de l'Arche de l'alliance. Cette Arche de l'alliance, c'est
un coffre qui représente la présence de Dieu. Lorsque les Hébreux sont
sortis d'Egypte et ont traversé le désert vers la Terre promise, l'Arche
de l'alliance était sous une tente, en tête de la
cohorte. Puis on l'a placée dans le Temple de Jérusalem lorsque
celui-ci a été construit. Puis elle a disparu. Ce qui est mystérieux, c'est qu'on ne sait pas ce qu'il
y avait dans cette Arche. Une pierre, les Tables de la Loi, un peu de
manne, on n'en sait rien. Et beaucoup même pensent que, à l'intérieur
de cette Arche, il n'y avait rien du tout. Et de même, dans le Temple
de Jérusalem, lorsque l'Arche de l'alliance n'y était plus, il n'y avait
plus qu'une pièce entièrement vide, et tout à fait obscure. Et cette pièce
entièrement vide, c'était le “Saint des saints”, le lieu même de la présence
de Dieu. Ainsi la foi, c'est l'aimantation par l'énigme, le silence,
la nuit de Dieu. La foi n'est pas une manière de décliner des certitudes.
Au contraire, c'est l'obsession de l'énigme, c'est l'écoute aux portes
du silence de Dieu. Je ne dis pas que le “rien” est Dieu, mais que le
“rien” est la meilleure représentation du Dieu qui est tout autre que
ce que nous pensons à son sujet. L'image de la chouette chez Platon va dans le même sens.
Les chouettes ne voient que la nuit. Quand il y a de la lumière, la chouette
devient aveugle. La chouette est aveugle parce qu'il y a de la lumière.
C'est la cécité de la chouette qui est la preuve, la démonstration de
ce qu'elle est dans la lumière. Comme le dit l'Epître aux Hébreux, la
foi est la démonstration de ce que l'on ne voit pas. La foi ne voit pas
Dieu. Elle dit que Dieu est là où on ne le voit pas. Et cela nous aide
lorsque, pour nous, tout est nuit. • J'en viens à ma dernière image
de la foi : celle de l'arche de Noé. Cette arche, c'est un
bateau en forme de coffre. C'est l'arche qui a sauvé Noé et sa descendance.
Nous qui sommes tous des descendants de Noé, nous avons été sauvés de
l'inexistence et du néant grâce à cette arche. La foi, c'est la ferme assurance d'être porté, gardé,
protégé, sauvé au-dessus des dangers et de la mort dans une sorte d'arche
de Noé. C'est le sentiment d'être sauvé qui nous donne la foi, qui est
notre foi. A chaque instant nous sommes sauvés de la mort. A chaque
respiration, nous reprenons souffle, et ce souffle nous rend la vie, nous
maintient en vie, nous fait passer à travers l'inanition et la mort. A
chaque seconde, notre cœur se remet à battre et irrigue à nouveau d'un
sang neuf notre corps vieilli. Il nous rend la vie. Notre vie est toujours
une vie en sursis, une vie sauvée des eaux, sauvée du déluge, sauvée de
la mort. A chaque instant, notre vie est sauvée par miracle. La foi, c'est ressentir que nous sommes en vie par une
sorte de grâce et de miracle incompréhensible. Ce
bon Monsieur de la Fontaine... Vous connaissez la fable de la Fontaine intitulée “Le
laboureur et ses enfants”. Lorsque le laboureur sent qu'il va mourir,
il appelle ses enfants et leur dit : “Un trésor est caché dans le
champ que je vous laisse en héritage”. Et après sa mort, les enfants bêchent,
sarclent, binent, travaillent le champ. Et ce pendant des années. Les
semailles et les moissons se succèdent. Mais ils ne trouvent pas de trésor.
Rien. Rien du tout. Jusqu'au jour où ils comprennent qu'il n'y a peut-être
pas de trésor dans le champ. Mais, au fond, peu importe s'il y a ou non
un trésor. Car le véritable trésor, c'est le travail et ce qu'il produit.
Le trésor qu'a laissé le père à ses enfants, c'est celui du travail, de
la recherche, de la foi dans le trésor. C'est donc la foi qui est le véritable trésor. Le vrai
trésor et peut-être le seul trésor. Le véritable trésor, c'est la quête
de Dieu, la fascination de l'énigme ultime, la lecture infinie de la Bible,
le travail dans le champ du monde. Et ce trésor suffit, même s'il y a
quand même un autre trésor effectivement caché dans le champ : Dieu
lui-même. “Je préfère les pratiquants non croyants aux croyants
non pratiquants.” (Pasteur André DUMAS). Alain Houziaux
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