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Bien vieillirVieillir : une récompense On
considère souvent la vieillesse comme une punition ou une expiation,
comme s’il fallait tôt ou tard « payer » les excès et les
fautes que l’on a commis pendant sa vie. Mais,
dans la Bible (Prov 16,31), c’est le contraire. La vieillesse est considérée
comme une récompense. Comme si, à la fin de sa vie, on pouvait « rattraper »,
par une période de paix et de sérénité, toutes les épreuves et les
conflits que l’on a dû endurer pendant sa vie active. La
Bible n’a peut-être pas tout à fait tort ! En effet, c’est
lorsque l’on commence à être âgé que l’on peut voir la vie de manière
nouvelle et se dire : « Ma vie commence aujourd’hui. Ce qu’était
hier ne peut être changé. Mais aujourd’hui, c’est le premier jour du
reste de ma vie. J’ai encore du temps devant moi. J’ai encore une
chance ». Oui,
bien vieillir, c’est se décider à profiter, enfin et pleinement, de la
vie qu'il nous reste à vivre. Et
c’est possible. La vieillesse autorise une certaine liberté. Quand on
commence à être âgé, on a enfin le droit d’être sans prétention et
sans ambition, on a enfin le droit d’être ce que l’on est, on est
libre parce qu’on n’a plus rien à perdre, à gagner, à conserver de
force. Et,
de plus, bien souvent, les menus plaisirs de la vieillesse peuvent nous
procurer la même qualité de plaisir que les plaisirs soi-disant intenses
de la jeunesse. Mourir guéri Pour
dire les choses autrement, je dirais que « bien vieillir »,
c’est se préparer à « mourir guéri ». C’est vivre le
reste de la vie de telle sorte que l’on puisse « mourir guéri ». « Mourir
guéri », l'expression peut surprendre. Mais elle est parlante par
sa forme paradoxale. Guéri de quoi ? Je répondrai « guéri de
la vie », de ses souffrances et de ses blessures. Mourir guéri,
c'est mourir réconcilié avec la vie et avec sa vie. Et
pour cela, sans doute faut-il concevoir la vieillesse non comme la phase
terminale d’une maladie, celle des souffrances de la vie, mais plutôt
comme une forme de convalescence, comme une période pendant laquelle on a
la possibilité de « se remettre » de la vie que l’on a vécue
avec ses échecs, ses hontes et ses fautes.
La vieillesse,
c’est le moment où l’on peut se décider à remiser à jamais le bâton
des rancunes et à vider ses poches des soucis et des mesquineries qui les
ont encombrées pendant la vie active. La vieillesse, c’est le moment où
l’on peut se guérir des tourments que l’on a supportés et aussi
suscités. Et ce pour pouvoir aller vers une mort claire et limpide qui
apportera la guérison éternelle. Bien
vieillir, c’est ne garder de la vie que le parfum de bonté de quelques
visages rencontrés, de quelques moments de joie et de communion. Le sentiment d’inutilité. Ce
qui oppresse souvent les personnes âgées, lorsqu’elles sont vraiment
très âgées, c’est le sentiment qu’elles sont devenues inutiles. Mais
il faudrait tenter de les rassurer. Il n’est pas nécessaire qu’elles
fassent quelque chose pour être utiles. Il leur suffit d’exister. Leur
utilité, c’est d’exister. Et de fait, lorsqu’un de nos proches
disparaît, il ne nous manque pas parce qu’il nous était utile. Il nous
manque tout simplement parce qu’il n’est plus là. On
peut aussi ajouter ceci : plus une personne est dépendante et
inutile, plus en fait elle est utile. Parce que de la sorte, elle permet
à d’autres de devenir utiles. Cela
se voit quand on visite une maison de retraite. On constate à quel point
une pensionnaire de quatre-vingt cinq ans donne l’opportunité à des
personnes de quatre-vingts ans de se rendre utiles, en lui rendant visite,
en la conduisant à table… Et
puis, il faut peut-être aussi rappeler le beau message de St-Paul et de
Luther à celles et ceux qui considèrent que leur vie n’a plus de
justification : notre vie, quelle qu’elle soit, a une justification
et cette justification lui est donnée par grâce seule ; notre vie a
une justification, mais cette justification, ce n’est pas à nous de
nous ingénier à la trouver ; cette justification, elle nous est donnée
et conférée, gratuitement, pour rien, sans raison, sans justification et
par grâce seule. C’est
lorsque nous ne pouvons plus fournir aucun justificatif pour justifier
notre vie que nous pouvons découvrir la liberté de pouvoir dire :
« Je vis à la grâce de Dieu ; et cette grâce me suffit ». N’ayez crainte Je
conclus par cette exhortation : « Si vous vous sentez inutiles,
n’ayez crainte, les lis des champs le sont aussi, ainsi que les oiseaux
du ciel, et bien des nocifs coûtent plus cher à la société que vous. La
vie est un cahier dont chaque jour tourne la feuille. Le matin, vous écrirez
au bas de la page encore blanche ce petit mot : Amen. Et au-dessus de cette signature, laissez s’écrire les lignes de votre journée avec leurs pleins et leurs déliés, leurs plaintes et leurs sourires. Et votre consentement préalable ôtera à ce jour son poison d’amertume et d’inutilité ». Alain Houziaux
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