Pourquoi je crois en Dieu

J’ai faim de dire

Se croire athée, c’est vouloir se mutiler. Chacun porte en lui la semence d’un sentiment religieux, une sorte d’élan vers l’infini, l’au-delà, vers le Nœud qui noue toutes choses entre elles. Chacun a besoin d’accrocher sa charrue à une étoile. Chacun a besoin d’écouter aux portes du silence de l’Au-delà et d’entrebâiller l’inconnaissable. Et chacun, aussi, attend une mystérieuse protection pour les heures difficiles et voudrait pouvoir lancer sa prière vers le Maître du destin.

Et se vouloir athée, c’est refuser tout droit de cité à cette semence de foi, d’étonnement et d’espérance, un peu comme une femme qui, honteuse de porter un enfant en son sein, tenterait de comprimer son ventre par la violence. C’est se refuser à exprimer ce qui de toute manière remue en soi.

Quant à moi, j’ai faim de dire ce que je ne sais pas dire. Et je ne tiens pas à me rendre malade de cette faim.

Pour dire la lumière et les couleurs du monde, un peintre a besoin d’une palette et de pinceaux. Pour dire mon appel et pour reprendre à mon compte la question : « Y a-t-il Quelqu’un là-haut ? », j’ai aussi besoin d’outils.

Si j’appelle la Bible la parole de Dieu, c’est parce qu’elle me donne la parole au sujet de Dieu. Elle me donne des outils pour parler de Dieu et parler vers Dieu.

Ecouter les paraboles par lesquelles Jésus parle du « royaume des cieux », lire le livre des Psaumes, participer à la liturgie d’un culte, c’est s’offrir une bonne tranche de paroles quand on a faim de dire ce que l’on ne sait pas dire. Je veux pouvoir exprimer par des chants, des attitudes et des symboles cette part de rêve, d’innocence et de prière que j’ai en moi.

Se refuser à toute pratique et à toute parole qui pourraient exprimer notre faim de ce Quelque chose, de ce Quelqu’un, c’est se condamner à une souffrance, à un manque, à une amputation.

Je veux

Je me lasse d’être l’accusateur de Dieu et de lui demander de justifier son existence et sa raison d’être.

Bien sûr, je le sais, ils ont peut-être raison, les procureurs d’un monde sans Dieu, les dénonciateurs de l’impuissance de Dieu face au mal. Mais moi, aujourd’hui, je veux aimer les causes perdues, je veux me dresser pour défendre le message de Dieu qu’a proclamé et incarné Jésus, le Christ.

Je veux défendre le pari d’un pardon des pécheurs, d’une victoire de la paix sur la guerre, d’une libération de tous les esclavages intérieurs et extérieurs, et même le pari d’une résurrection définitive de la vie. Pourquoi pas  ? Je veux défendre le pari d’un Dieu qui est Promesse et Volonté. Et même si cela me donne froid dans le dos, je veux refuser le thermolactyl du raisonnable et du scepticisme.

Je veux lire, avec mon parti pris, le catéchisme du monde, celui de l’eau qui fait résurgence, celui du plus noir nuage qui a toujours sa frange d’or, celui des racines vivantes qui fissurent le goudron de la mort, et celui des colombes qui détériorent les réacteurs des bombardiers. Je veux être anticonformiste et célébrer le culte du Seigneur dont je veux la victoire.

Alain Houziaux

 

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