Selon cette promesse, nous pouvons compter sur la providence divine. La
première chose qui nous est promise par la foi ce sont les biens
spirituels, mais à partir de ce verset on pourrait penser que la
providence de Dieu est également matérielle. Cela me semble dangereux.
Si Dieu promettait d’aider matériellement ceux qui cherchent son
Royaume et sa justice, que penser de ceux qui sont atteints par la
maladie, pauvres, ou victimes de catastrophes naturelles ? Est-ce que
ces gens seraient plus pécheurs que nous pour mériter un tel sort ?
Est-ce que les gens riches le sont parce qu’ils sont plus aimés de Dieu
et qu’il les a comblés de bénédictions matérielles ? Cela ne me
semble pas conforme à l’Évangile.
La vie humaine est de deux ordres, matériel
et spirituel. Et ce passage, comme d’ailleurs tout l’Évangile, nous
montre que l’essentiel est le domaine spirituel. C’est cela que Christ
nous appelle à rechercher avant toute chose. Et par sa vie il nous montre
que le plus important n’est pas d’avoir une longue vie sans manquer de
santé ni d’aisance mais d’avoir une vie qui en vaille la peine.
Notre vie est plus que sa dimension
matérielle, ou plutôt l’essence même de notre vie n’est pas là.
Nous le savons d’expérience, il nous suffit d’examiner en nous-mêmes
ce que nous aimons chez ceux qui nous sont chers. Les parents aiment leur
enfant même s’il est malade ou pauvre, ils l’aiment pour ce qu’il
est réellement au fond de lui. La vraie valeur de ceux que nous aimons
est dans le cœur, dans la qualité inexprimable de nos relations avec
lui. Cette intelligence que nous avons parfois de la vraie valeur de la
personne humaine, l’Évangile nous invite à l’avoir dans la façon
dont nous plaçons notre espérance pour notre propre vie. Que
chercherons-nous ? Qu’est-ce qui peut donner à ma vie de la valeur
pour qu’elle soit une vie heureuse, et réussie ?
Cherchez
d’abord... nous dit ce passage, que chercherons-nous d’abord,
par-dessus tout ? Le Christ se préoccupe d’abord de la qualité de
la vie, d’une vie qui en vaille la peine. Il existe dans l’être
humain quelque chose de plus fort que tout ce qui peut nous arriver, plus
fort que la maladie, les revers du hasard et des catastrophes, ou la mort.
Celui qui a réussi à développer la dimension spirituelle de son être
en cherchant d’abord le Royaume de Dieu et sa justice, à celui-là il
peut arriver n’importe quelle catastrophe sans que cela touche le fonds
de son être. Car la véritable valeur de sa vie n’est pas là. C’est
ainsi que je comprends cette parole du Christ :
Ne vous inquiétez donc point, et ne
dites pas : Que mangerons-nous ? Que boirons-nous ? De quoi
serons-nous vêtus ?
Car toutes
ces choses,
ce sont
les païens
qui les
recherchent. Votre Père céleste
sait que vous en avez besoin. Cherchez
premièrement le
royaume et la justice de Dieu ; et toutes ces choses vous
seront données par-dessus. (Mat. 6:31-33)
Il n’y a pas à nous inquiéter
ultimement du matériel dans la mesure où nous avons bâti notre vie sur
quelque chose de plus important qui ne peut nous être enlevé. Le matériel
est alors un luxe, un surplus, mais pas l’essentiel de ce que nous
sommes.
Par ailleurs, la providence divine est
réelle : une force de libération, de consolation et de guérison
qui construit notre être dans sa véritable valeur. Tout le reste nous
est donné en plus comme un luxe. Notre vie matérielle est effectivement
pleine de ces petites joies matérielles qui sont bonnes à prendre et à
partager, mais notre dimension terrestre n’est pas l’essentiel, ni
l’indispensable, car Toute chair
est comme l'herbe, et tout son éclat comme la fleur des champs. L'herbe sèche,
la fleur se fane, mais la parole de notre Dieu demeure éternellement.
(Ésaïe 40:6-8) Notre dimension matérielle est sous le signe de la
croissance puis de la mort, comme la fleur éphémère. Son éclat est réel,
comme la fleur mais elle ne dure que peu de temps.
Mais une autre dimension est à
prendre en compte : quelque chose qui demeure éternellement. Bien sûr,
la fleur se fane, mais elle ne pousse ni ne fleurit en vain, tout cela a
pour visée de produire du fruit. Notre vie matérielle est belle en
elle-même ; elle a un parfum agréable les quelques journées de son
épanouissement, mais surtout elle porte une dimension spirituelle qui en
fait sa valeur principale. Et cette dimension est l’amour. C’est par
nature que nous sommes des êtres porteurs de cette dimension spirituelle,
divine, éternelle. Encore faut-il que nous permettions à cette dimension
de se développer dans de bonnes conditions : Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice...
À
quoi servirait-il à un homme de gagner le monde entier s’il perd sa vie ?
demande ironiquement Jésus (Matthieu 16:26). L’essentiel n’est pas
d’avoir une longue vie en pleine forme avec assez de moyens matériels,
c’est de savoir ce que l’on peut en faire qui vaille la peine. Et être
chrétien, c’est chercher d’abord, et avant toute chose, le Royaume de
Dieu qui est le règne de l’amour et le choisir comme sens à sa vie.
Christ donne sa vie pour nous, ses
amis. Ce don n’est pas le stupide suicide des victimes des sectes. Le
Christ n’a pas recherché sa mort puisque la vie ici-bas est bonne et
utile pour ceux qui aiment les autres. Il a recherché le Royaume de Dieu
plus que la nourriture, plus que le vêtement, ou toute autre chose bonne
mais secondaire. Bien sûr, la vie du Christ est une situation extrême,
mais tous ceux qui ont donné de leur vie nous montrent que nous pouvons
ne pas avoir peur de l’avenir. Pour cela il suffit de savoir ce qui est
premier, et de mettre sa vie au service de sa foi et non sa foi au service
de sa vie matérielle...
Alors la peur disparaît, et il ne
reste que le bonheur.
Marc et Louis Pernot
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