Le fil rouge

Je tisse ma vie fil-à-fil
avec des fils que je ne choisis pas,
ils sont souvent bruns ou noirs
mais aussi, bien des fois, plus clairs et plus vifs.

Souvent ils se mêlent à ceux qui sont tissés par mes amis, ma famille,
ceux-ci aussi sont souvent bruns ou noirs
mais aussi, bien des fois, plus clairs et plus vifs.
Et ces proches tissent aussi leurs fils
avec ceux de compagnons plus lointains.
Ensemble nous édifions une robe sans couture
qui s'étend aux dimensions du monde.
Sans doute de loin, Quelqu'un pourra en voir le motif.

Dans ma part d'étoffe
il y a les fils qui s'effilochent sans qu'on sache pourquoi,
les fils qui se nouent pour le meilleur et pour le pire
et ceux qui ont été échancrés par un accroc.
Mais il y a aussi les fils qui sous-tendent les autres,
ceux qu'on voit à peine mais dont on bénéficie
parce qu'ils forment comme une trame.
Ce sont ceux laissés par les compagnons qui ne sont plus là,
ceux des idées vives, des trésors reçus et des chants de toujours.

Dans ma part d'étoffe
je tente aussi de tisser mes propres fils,
ceux de mes choix, de mes engagements, de mes affections.
Comme les autres ils sont bruns ou noirs
quelquefois plus clairs et plus vifs.
Ils impriment comme l'esquisse d'un dessin que je saisis mal et qui pourtant est le mien.

Dans ma part d'étoffe, et aussi dans celle des autres, il y a un fil, toujours le même,
rouge comme le sang et comme le sacrifice,
rouge comme le ciel d'aurore et comme la braise qui persiste.
Je ne l'ai jamais vu seul mais toujours intimement lié aux autres.
A ma bure, il donne élévation et profondeur,
une part de tourment et de rêve,
comme s'il était venu d'ailleurs pour retourner ailleurs.
Il dit ce que je ne comprends pas encore
et qui pourtant réchauffe mon sang.

Je ne l'oublie jamais, il est mon obsession.
Car le fil rouge dit mon deuil et ma souffrance
car, voyez-vous, Dieu me manque.
Il dit une constance et une fidélité
car, je le sais, Il veille pourtant sur ma part d'étoffe.

Il dit un Echo qui accompagne ma vie
car j'entends souvent la voix d'un appel.
Il dit mon espoir fou que la parole de Noël réconcilie un jour le monde
car, voyez-vous, je suis encore un peu enfant.

Alain Houziaux

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La charnière secrète

Toi, Jésus-Christ,
Toi qu'on appelle Seigneur et Roi du monde
Je te voudrais force triomphante qui efface les obstacles.
Mais tu as laissé le monde si vieux et si semblable à lui-même.
Certes, c'est vrai, Tu n'es vraiment pas une toute puissance qui ouvre les barrières et les lourdes portes.

Mais tu es plutôt une petite charnière, dans l'ombre de ma vie.
De temps à autre, une porte s'ouvre en moi,
comme d'elle-même, vers plus de courage, d'amour et quelquefois de renoncement.
Je ne sais pas comment elle s'ouvre,
le vent du hasard peut-être,
ou bien ce fond de bonne volonté qu'il y a en chacun de nous.
Mais ce que je sais, c'est que c'est Toi qui a fait charnière.
Quelques bribes de la mémoire de ton chemin, de ta vérité, de ta prédication et de ta vie,
quelques bribes de l'esprit de ton message :
"Tends la joue gauche"
"Viens, marche sur les eaux"
ou quelque autre encore.
Car les petites charnières font tourner les lourdes portes.

Alain Houziaux


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